Les start-up à l'assaut de l'agriculture urbaine


Les start-up de l’agriculture urbaine se multiplient pour transformer les villes en potagers géants et permettre aux citadins de cultiver leurs propres fruits et légumes.

L'écrivain Alphonse Allais voulait mettre les villes à la campagne. De nombreuses start-up telles que Sous les Fraises, Agricool, Citizenfarm, Un toit pour les abeilles, Agripolis, Topager, Abricotoit, cherchent au contraire à réintroduire une forme d’agriculture dans l’univers urbain. Murs végétaux pour fruits et plantes aromatiques, conteneurs remplis de fraisiers, meubles d’aquaponie, ruches sur les toits, fermes urbaines, refuges pour biodiversité, lits potagers, etc. : les concepts foisonnent pour imaginer une production de fruits, légumes et autres plantes en zone urbaine sans engrais ni pesticides. Il ne s’agit pas d’une lubie pour bobos adeptes du bio, mais bien de répondre à une urgence : nourrir des bouches de plus en plus nombreuses directement dans les centres urbains. L’agriculture urbaine constitue une alternative redoutablement efficace aux cultures intensives. Les jardins potagers, par exemple, peuvent être jusqu’à 15 fois plus productifs que les exploitations des zones rurales, soit 20 kg de nourriture par an sur 1 m2 sans ajout d’engrais ni pesticides. En parallèle, elle génère des emplois, recycle les déchets urbains grâce aux composts, végétalise les villes contribuant ainsi à la sauvegarde de la biodiversité, diminue le taux de CO2 et donc lutte contre le changement climatique. De plus, un besoin de nourriture saine et produite localement grandit chez les citadins. Ce qui a permis le développement de l’approvisionnement en circuit court (comme les Amap, la Ruche qui dit oui, Poiscaille) et la multiplication des jardins productifs urbains. Les start-up de l’agriculture urbaine s’inscrivent dans cette tendance de fond. Zoom sur trois d'entre elles : Sous les Fraises, Agricool et Citizenfarm.

Sous les Fraises à la conquête du monde

En plein cœur de Paris, le toit du BHV Marais offre un spectacle insolite : des murs végétaux installés sur des planchers en lattes de bois qui s’étendent sur 1500 M2. Une réalisation de la start-up Sous les Fraises, créée en en 2013 par Yohan Hubert. «Nous avons été lauréat d’un appel d’offres de la Ville de Paris sur la végétalisation innovante, et nous avons signé dans la foulée notre premier client, le groupe Galeries Lafayette», explique le biologiste de 40 ans. Le principe : un dispositif vertical de permaculture (1) composé de toison de mouton (laine coupée mais pas encore traitée) et de chanvre, mélangés à de la terre. «Ça permet aux plantes de grandir au sein d’une niche écologique de micro organismes», précise le biologiste, qui a choisi cette formule désormais brevetée après en avoir testé des centaines. Le système d’arrosage est en circuit fermé : l’eau de pluie collectée est réinjectée. Sur ces murs végétaux, les plantes aromatiques (thym, romarin, menthe) côtoient des fraisiers, des framboisiers, des pieds de tomates et même des fleurs comestibles, soit 150 variétés de plantes. Des "hôtels à insectes" permettent aux abeilles de nicher pendant l’hiver et de ressortir au printemps. «Nous n’utilisons aucun pesticide ni herbicide. Il n’est pas question de retomber dans les travers de l’agriculture conventionnelle. Nous voulons que la vie s’installe durablement dans nos installations», affirme Yohan Hubert, en indiquant du doigt un rouge-queue posé sur le toit végétalisé. Sous les Fraises a déjà reçu de nombreuses demandes de l’étranger (Émirats, Chine, Canada) et envisage de lever des fonds pour s’internationaliser. Pour l’instant, la société qui emploie une quinzaine de personnes est autonome financièrement, grâce à la vente de ses produits aux Galeries Lafayette et à quelques chefs parisiens. «Une installation comme celle-ci rapporte environ 50 000 euros par an», précise le concepteur du jardin urbain. Il travaille aussi sur une machine de compost (également brevetée) qui recyclera les "eaux grises" des bâtiments (toutes les eaux hors toilettes).

Des fraises élevées en « cooltainer »

Autre modèle d’agriculture urbaine : le conteneur à fraises. Développé par la start-up Agricool, il utilise l’hydroponie, une méthode de culture réalisée sur un substrat inorganique (sable, billes d'argile, laine de roche, etc.) irrigué avec une solution qui apporte les sels minéraux et les nutriments essentiels aux plantes. Ce "cooltainer" a été imaginé par Guillaume Fourdinier et Gonzague Gru, deux lillois diplômés d’écoles de commerces et fils d’agriculteurs, déçus de la qualité des fruits et légumes vendus en ville. Le système vertical de culture hydroponique a été testé puis amélioré pendant quelques mois. Un prototype a été installé en octobre 2015 en face de la Cinémathèque à Paris. « Ça nous a permis de lever 4 millions d’euros auprès de fonds comme Kima Ventures (Xavier Niel), Daphni et des investisseurs privés», précise Diane Fastrez, responsable de la communication. Un conteneur occupe 30 m2 au sol, soit l’équivalent de deux places de parking, et peut accueillir 2600 fraisiers, pour une production de 7 tonnes de fruits par an, puisqu’on peut récolter toute l’année grâce à un éclairage par LED. Ce premier conteneur a été remplacé il y a trois mois par un « cooltainer » optimisé qui peut produire «100 fois plus que l’agriculture conventionnelle», selon Agricool. «L’objectif est de proposer des fruits et légumes sans pesticides, et surtout avec du goût, aux habitants des grandes villes», explique Diane Fastrez.

Les plantes et les poissons en symbiose

Pour ceux qui n’ont pas la place pour installer un conteneur, la start-up toulousaine Citizenfarm née en 2014 propose d’installer dans leur appartement un meuble d’aquaponie. Il s’agit d’une forme d'aquaculture intégrée qui associe une culture de végétaux en symbiose avec un élevage de poissons. «J’ai grandi à la campagne et une fois arrivé en ville, début 2012, j’ai voulu cultiver des tomates sur mon balcon. Le résultat, plutôt médiocre, m’a amené à me documenter et j’ai découvert l’aquaponie», raconte Pierre Osswald, CEO de Citizenfarm. Grâce à l’aquaponie, les plantes se nourrissent d’un engrais naturel (les déjections des poissons) et purifient l’eau des poissons. «C’est un cercle vertueux dans lequel on n’ajoute aucun produit chimique et qui permet d’économiser beaucoup d’eau par rapport à un potager, puisque l’eau non utilisée par les plantes revient dans le bac à poissons», ajoute Pierre Osswald. Trente modèles testés plus tard, Citizenfarm a vendu 4000 Ozarium de 10 litres, qui coûtent entre 79 et 119 € (sans les poissons) sur lesquels on peut faire pousser des plantes aromatiques et des légumes. Citizenfarm développe aussi les Oikofarm, des installations de 150 m2, soit 23 aquariums de 1000 litres chacun, qui produisent plusieurs tonnes de légumes par an. La première Oikofarm a été installée à la REcyclerie, un café et ferme urbaine du 18ème arrondissement de Paris.

(1) Une méthode qui prend en considération la biodiversité pour une production agricole durable et économe en énergie.

*Copyright photo : Sous les Fraises

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