Ecoutons d’abord d’où notre peine vient

Par Vincent Dupuis, Consultant en développement et alternatives durables


Je le répète à tue tête. Nous ne sommes pas en guerre. La guerre voudrait indiquer que nous devrions rester positionnés sur nos grands ergots afin de résister à un envahisseur qui se comporterait pernicieusement. Je ne vois pas du tout les choses comme ça. C’est bien là la déviance d’un atavisme egotique inhérent aux structures archaïques de l’Etat. Comme tout découle de la vision que nous pouvons avoir du monde, c’est cette même vision qu’il serait plutôt adéquat de faire évoluer.


Nous sommes notre propre ennemi. C’est notre approche, notre propre rapport au monde qui fait que nous transformons notre propre conscience humaine en ennemi. Et ce, parce que nous n’écoutons pas. Nos oreilles sont bouchées face aux cris du monde. Mais comment évoluer si l’on entend rien ? Comment se diriger si l’on entend rien? Comment agir si l’on écoute pas ? Mission impossible.


Le coronavirus n’est en rien contre nous. Il n’est pas un ennemi. Non, ce virus, comme tout être vivant qui soit, et ne disposant pas de la conscience inhérente à la limite, désire juste se reproduire le plus vite possible. C’est souvent l’intention première des espèces inconscientes. Nous avons une telle puissance de projection anthropomorphique sur ce qui nous entoure que nous en perdons tout sens de logique.


Si nous regardons bien -en pleine présence comme dirait un bouddhiste- alors nous pouvons contempler une similarité entre le comportement du Covid19 et l’humanité capitalisée. C’est d’ailleurs l’homogénéisation du monde, une fierté de la mondialisation marchande qui nous a amené à cette situation critique. Ce virus n’aura de limite si, et seulement si, il atteint sa propre limite de ressources. Bizarre de mimétisme.


Donc non, le virus n’est pas contre nous. Écoutons plutôt ce qu’il a à nous dire. Ce qu’il nous montre. Nos faiblesses et lacunes. Nous exploitons trop le monde. Nous le détruisons trop. Nous le consommons trop. Nous rentrons trop en contact avec Dame Nature. Bref, nous en voulons trop. Nous économisons sur l’essentiel afin de profiter du superflu.


Nous avons, bien évidemment, plusieurs choix possibles. Comme continuer à l’exploiter tout en priant la science de nous inventer un « truc », c’est le cas de le dire, qui ferait que nous pourrions voguer sur le chemin de manière identique, tout en impactant beaucoup, beaucoup moins, le monde. L’autre solution que je vois, ce serait d’écouter, de contempler, puis d’agir. Évoluer face à un monde qui change. Se redéfinir à soi et à l’environnement ce qui fera émerger logiquement de nouvelles positions de vie et de « calculs » de bien être. Je suis convaincu que nous avons largement assez pour être heureux.


La croissance matérielle sans fin est une arme de destruction massive au service d’une idéologie qui n’a plus lieu d’être. Nous avons croqué plus de 50% de la planète à des fins accumulatrice pour une petite partie de l’humanité.


Nous devrions désormais en profiter pour croître -comme le dit Aurélien Barrau- en amour, en conscience, en actions qui permettent à la fois de réduire l’impact de l’humanité sur la planète tout en faisant progresser notre humanité.


C’est triste d’en avoir à devoir recevoir des coups pour avancer, évoluer, changer. Comme un enfant qui n’a pas l’habitude d’être puni et qui prends les remontrances pour lui, personnellement. Comme si tout conspuait à se positionner contre qui nous sommes. Ce n’est pas le cas. Rien n’est personnel. Tout est guidance vers ce qui est plus harmonieux de vivre. Mais telle est la psyché actuelle et le niveau de conscience (bien bas) que l’Humanité expérimente actuellement. Comme le dit si bien Alain Souchon, "écoutons d’abord d’où notre peine vient".