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Par la nature de ses services, de ses objectifs et de son influence au sein de la société, l’université est censée jouer un rôle pionnier en termes de responsabilité sociale. Elle doit donc tout naturellement contribuer à la promotion de la ville durable.

 

Depuis des décennies, de nombreux changements structurels, que l’on décrit souvent comme le résultat de la mondialisation, de la société d’information, ou encore de l’essor du paradigme de la durabilité, transforment notre façon d’acquérir, de distribuer et de transformer le savoir. L’ensemble de ces mutations devrait, en principe, renforcer les liens entre l’université et ses territoires.

 

La grande transformation, aujourd’hui, est liée au rôle de l’économie de la connaissance. Elle est devenue l’un des objectifs majeurs affichés par les pouvoirs publics, convaincus qu’elle représente une promesse de développement économique des territoires durables.

 

L’université, un acteur majeur pour impulser les changements

 

Les nouvelles formes organisationnelles composées des universités, des centres de recherche et de formation, des laboratoires, des entreprises et des organisations professionnelles génèrent une dynamique productive qui influence directement ou indirectement la qualité fonctionnelle de la ville durable.

 

Globalement, la relation entre université et territoire durable peut être appréhendée selon différents registres interdépendants et complémentaires :

  • L’attractivité : comment la présence d’une université peut-elle avoir un impact positif sur l’attractive d’une ville ?

  • L’inscription dans son environnement : quel est le statut social, économique et politique dévolu à la fonction éducative dans ses rapports avec d’une part, les schèmes cognitifs et culturels de son époque et, d’autre part, le contexte urbain et territorial où cette fonction se déploie ?

  • L’urbanité : comment les nouvelles universités peuvent-elles être des ferments d’activités scientifiques et économiques et des germes d’urbanité et de civilité ?

  • La coopération : quelles formes des systèmes de coopération qui associent les acteurs universitaires et les acteurs territoriaux (coopération, méfiance…) ?

Il va sans dire que l’utopie de la ville durable au sens large (productive, connectée, inclusive, planifiée et résiliente) ne peut être réalisée que dans la mesure où l’université joue pleinement son rôle.

 

Dès lors, la responsabilité sociale de l’université (RSU) confère aux établissements d’enseignement supérieur toute la légitimité nécessaire pour se positionner en tant qu’acteurs développeurs en matière de fabrication de la ville durable.

 

La responsabilité sociale de l’université

 

Les universités et leurs laboratoires de recherche jouent un rôle majeur dans de nombreux projets ayant des applications dans les énergies renouvelables, le stockage de l’énergie, les services et technologies innovants.

 

Les travaux de ces établissements donnent des résultats concrets en matière de mobilité durable, de protection de l’environnement, de création de nouveaux outils pour la transition énergétique et écologique, d’optimisation et d’intégration des infrastructures et des réseaux urbaines, etc.

 

Toutefois, la relation ville/université demeure conditionnée à un certain nombre de facteurs déterminants. Il s’agit, en l’occurrence, de l’autonomie des universités, de la régulation entre les acteurs (entre le niveau central et les niveaux locaux), de la volonté politique, de la concurrence entre les universités, mais aussi entre les territoires, etc.

 

Le « Pont Mohammed VI » qui s’étend sur la vallée du Bouregreg reliant les villes de Rabat et Salé. Fadel Senna/AFP

 

Au niveau urbanistique, l’implantation des unités universitaires supérieures d’excellence structure l’espace. Il est donc logique que les outils de planification urbaine les intègrent dans le tissu urbain. Les universités doivent remplir non seulement une fonction de formation et d’enseignement, mais aussi se positionner comme facteur de développement social, économique et spatial.

 

L’espace universitaire, quelle que soit son importance, doit être considéré aujourd’hui comme un agent de production du sol urbain et de gestion urbaine. Les universités qui adoptent cette posture peuvent le faire à de multiples échelles de la ville, de l’échelle du bâtiment à celle de l’agglomération. Le tout s’opère dans un processus continu allant de la conception du projet à la gestion globale de la ville.

 

Dans ce cadre, l’espace universitaire peut servir d’élément phare d’un projet urbain partagé entre les différents acteurs de la ville. Cette inscription volontariste, comme parti d’aménagement, transforme l’univers universitaire en un espace public multidimensionnel où la mixité des fonctions urbaines prend le dessus.

 

Le cas du Maroc

 

Le secteur de l’enseignement supérieur au Maroc compte actuellement 12 universités composées de 129 établissements répartis sur 34 préfectures et provinces à travers le territoire du Royaume.

 

Récemment, le département de l’Enseignement supérieur a opté pour la révision de la carte universitaire, dans le cadre de la politique de proximité et de l’égalité des chances. Cette révision vise à créer un équilibre au niveau de l’offre universitaire entre les régions.

 

À titre d’exemple, la forte demande enregistrée au sein de la région de Casablanca-Settat a poussé les responsables du département de l’Enseignement supérieur à prévoir l’ouverture d’un établissement à Sidi Bennour ainsi que la création d’un Master en sciences du sport à Settat.

 

Le renforcement de l’offre concernera aussi la ville d’Agadir, avec l’ouverture d’une faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Aït-Melloul en vue de réduire la forte pression qui est exercée sur l’université d’Ibn Zohr et pour faire face aux contraintes de l’encadrement administratif et pédagogique.

 

La faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Aït-Melloul, qui fait partie de de l’université Ibn Zohr d’Agadir, accueille 7 000 étudiants. Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Aït-Melloul

 

 

Par ailleurs, les établissements d’enseignement supérieur ainsi que les multiples instituts et centres de recherche sont impliqués dans les grands projets structurants du pays :

  • « Plan AZUR » : plan de positionnement du tourisme au Maroc ;

  • « Plan Maroc vert » ayant pour objectif de faire entrer l’agriculture marocaine dans une nouvelle ère « industrielle » ;

  • « Plan émergence » : développement de nouveaux métiers de délocalisation d’offshoring ;

  • « Maroc numérique » : projet de promotion des technologies de l’information en tant que vecteur de développement de l’économie ;

  • « Noor » : projet d’un complexe d’énergie solaire à Ouarzazate.

L’université prend également toute sa place dans les Plans de Développement Régional (PDR) mis en œuvre dans les différentes régions du Royaume. Institution de production et de diffusion du savoir, elle constitue un maillon important dans la chaîne de valeurs de la région et un levier pour le développement de son capital immatériel. Plusieurs chantiers des PDR impliquent l’université comme acteur de leur réussite.

 

Vue de la première centrale du complexe solaire « Noor-Ouarzazate », février 2016. Fadel Senna/AFP

 

On l’aura compris, l’université peut être considérée comme un outil de promotion de la qualité urbaine de la ville durable. Elle peut contribuer à l’amélioration de ses qualités fonctionnelles et constitue assurément un moyen de perfectionnement et de rehaussement du niveau intellectuel et culturel des citoyens.

 

La durabilité d’une ville dépend largement de la capacité d’adaptation de son système universitaire à son nouveau rôle de catalyseur et de diffuseur de nouvelles idées et de nouveaux savoirs. Ce système universitaire doit être inséré dans la réalité territoriale à l’échelle de la ville, de l’agglomération et de la région.

 

Confrontés à la reconfiguration territoriale, à la volonté d’autonomie des universités, à la mutation de la société apprenante et aux évolutions sociétales, les établissements d’enseignement supérieur doivent apprendre à travailler différemment.

 

 

 

 

Article publié également sur The Conversation.

 

 

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