Please reload

POSTS RÉCENTS

Le social business selon Muhammad Yunus

Pour le Prix Nobel de la Paix, seul l’entreprenariat social pourra nous préserver des dérives d’un capitalisme financier générateur de pauvreté pour le plus grand nombre.

 

L’entreprenariat social pour sauver le monde : c’est le credo de Muhammad Yunus, prix Nobel de la Paix 2006 et inventeur du microcrédit en 1976 avec la Grameen Bank. De passage à Paris invité par Publicis, il a expliqué pourquoi le «social business» doit se substituer au capitalisme traditionnel qui se préoccupe uniquement de faire du profit.

 

Mais Yunus n’est pas pour autant un révolutionnaire marxiste. Au contraire, c’est un entrepreneur convaincu : «Pourquoi monter un business si vous ne voulez pas faire d’argent?» s’interroge-t-il, rappelant les limites des programmes de charité, dans lesquels «l’argent ne revient pas». Dans le modèle du social business, l’argent sort, résout un problème et revient. Mais comment convaincre un système bancaire qui ne prête qu’aux riches de consentir des prêts à ceux, et surtout celles, qui n’ont rien?

 

«Quand j’ai parlé aux banquiers de mon pays le Bangladesh de mon projet de microcrédit, ils ont ri. Or, 99 % de la population vit avec 1 % de la richesse. C’est comme si tout le sang de votre corps était concentré dans vos ongles» raconte le prix Nobel.

 

Devant ce refus, il crée la Grameen Bank qui commence à accorder des crédits aux femmes. Non sans les avoir auparavant aidé à vaincre leur peur, car ces femmes pauvres n’avaient jamais manipulé d’argent, privilège réservé aux hommes dans ce pays musulman. «Six ans plus tard, nous avons pu constater que dans 97 % des cas, les femmes utilisaient mieux ces fonds. Pourquoi gaspiller l’argent avec les hommes?» se demande Yunus.

 

Posséder un compte bancaire et des économies transforment ces femmes, dont 9 millions sont devenus entrepreneuses. Des progrès permis par la technologie, un outil puissant à condition d’avoir un but. Pour l’auteur de « Banker to the poor », l’entreprenariat est «dans l’ADN de l’homme, il suffit d’aider les gens à libérer leur créativité».

 

L’économie des trois zéros

 

Pour lui, l’entreprenariat est à l’opposé du salariat et pourrait être la solution aux millions d’emplois qui seront détruits par l’intelligence artificielle. McKinsey estime ainsi qu’entre 75 et 375 millions d’emplois pourraient disparaître d’ici 2030, soit entre 3 et 14 % de la main d’œuvre mondiale.

 

«Qu’allons-nous faire?» demande Muhammad Yunus. Le revenu universel peut-il être une alternative? Sûrement pas. Pour l’économiste, recevoir cette allocation serait «comme de vivre dans un zoo! Nous voulons contribuer à la marche du monde, pas devenir des mendiants».

 

Les deux autres dangers qui menacent l’humanité selon le prix Nobel sont la dégradation de l’environnement et les flux migratoires. «Le temps est compté. La deadline est autour de 2050 et c’est un point de non retour. Quel genre de monde veut-on léguer à nos petits enfants?» interpelle le professeur d’économie. L’afflux de réfugiés économiques est dû à l’extrême concentration des richesses, «une bombe à retardement» selon Yunus, qui prédit des migrations de plus en plus énormes vers la demi-douzaine de pays développés.

 

Sa solution : partager plutôt que concentrer : «en devenant entrepreneurs, nous ne travaillons plus pour les détenteurs de cette richesse». Le social business peut donner naissance à une économie des trois zéros : zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émission de carbone (c’est aussi le titre de son livre Vers une économie à trois zéros chez JC Lattès) et chaque entreprise peut le faire voire devenir une société à mission labellisée B Corp.

 

Super yaourt bon marché

 

C’est ce qu’a fait Danone, avec qui l’inventeur du microcrédit a créé une joint venture, la Grameen Danone Foods, pour fabriquer un yaourt renforcé en micronutriments et très bon marché (0,10 €) afin de combattre la malnutrition, un fléau très présent au Bangladesh, un des pays les plus pauvres du monde où 60 % de la population vit avec moins de 2€ par jour.

 

En 2005, Franck Riboud, pdg de Danone, rencontre Muhammad Yunus et ils discutent de «business for good». Un entretien qui débouchera sur la Grameen Danone Food, une société fonctionnant sur le modèle du social business, c’est-à-dire visant un objectif social mais devant rester économiquement viable, sans perte ni profit. Une usine est construite à Bogra dans le nord du pays qui fabrique 3 tonnes de Shokti Doï (le super yaourt) par jour.

 

Le lait utilisé est produit par des fermes locales. Une fois les yaourts sortis d’usine, un double système de distribution est mis en place. Des rickshaws vont les livrer directement aux points de vente proches, mais également à des «Grameen Ladies» qui ont souscrit un micro-crédit auprès de la Grameen Bank et qui vont ensuite faire du porte-à-porte pour livrer les produits directement chez l’habitant, tout en bénéficiant d’une commission proportionnelle au nombre de livraisons. Parallèlement, le groupe français a créé danone.communities, un fonds d’entreprenariat social doté de 70 M€.

 

«Ce qui peut-être long, c’est de déterminer le bon business model» estime Valérie Mazon, business devlopment director chez danone.communities. Exemple en Chine, avec NutriGo, une entreprise sociale qui produit et distribue le YingYangBao, une préparation à base de lait, enrichie en protéines et micronutriments qui se mélange à un plat de riz ou de nouilles, ou à une boisson.

 

«Nous avons d’abord testé la vente par des femmes comme en Inde, puis des réunions en zone rurale et enfin une formation des médecins et des familles. C’est cette dernière option qui a marché après trois ans», décrit Valérie Mazon. Transformer toutes les entreprises capitalistes en sociétés de social business - en France, 7% des entreprises sont des entreprises sociales et solidaires qui pèsent 10 % du PIB - peut sembler utopique. Ne pas le faire serait suicidaire.

 

 

 

 

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload