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En 2017, les dirigeants d’entreprises telles que Dow Chemical ou Corning ont signé une lettre ouverte au Wall Street Journal exhortant les États-Unis à rester dans l’Accord de Paris sur le changement climatique. Ils ont été salués par les médias et désignés comme les grands défenseurs de l’environnement, ce qui ne les a pas empêchés de soutenir simultanément le lobby américain, the Industrial Energy Consumers of America, qui usait discrètement de son influence pour inciter l’administration américaine à se retirer de l’accord.

 

Ce n’est qu’un exemple de contradiction parmi d’autres. Les initiatives en matière de RSE, dont le véritable objet consiste à masquer des manœuvres politiques visant à empêcher tout changement, ne sont pas rares. Le sénateur Sheldon Whitehouse, de Rhode Island, dénonce dans la Harvard Business Review, une hypocrisie comparable de la part d’une compagnie pétrolière et déplore le « double jeu » que jouent ces entreprises :

 

« tenter d’acheter leur crédibilité avec de belles paroles, tout en utilisant la discrétion du lobbying pour écraser toute menace d’action bipartisane ».

 

Des avancées insuffisantes…

 

La responsabilité sociale des entreprises (RSE), autrefois considérée comme utopique, sans importance ou même subversive, est devenu pratique courante. Les deux tiers des entreprises mondiales du classement Fortune 500 publient à présent des rapports sur la durabilité, et décrivent une grande variété d’activités respectueuses de l’environnement.

 

Alors que nombre d’entre elles déploient des efforts sincères et que leurs initiatives ont contribué à réaliser des progrès significatifs en matière de questions sociales et environnementales, les indicateurs montrent pourtant, que la situation environnementale est au rouge vif.

 

Et ils sont nombreux ceux qui reprochent à leurs gouvernements leur incapacité à résoudre les grands problèmes de notre époque. Ils sont persuadés que le pouvoir de l’argent et l’influence des entreprises sur la politique sont responsable en grande partie du malaise ambiant. Dans ce climat, des membres de l’Alliance for Research on Corporate Sustainability (Alliance pour la recherche sur le développement durable des entreprises) ont décidé de réunir une équipe d’experts pour rédiger un « manifeste » pour inciter les entreprises à faire des efforts en matière de RSE.

 

La RPE en soutien de la RSE

 

Comme l’indique un article de la MIT Sloan Management Review :

« Comparées aux efforts déployés par les entreprises pour rendre leurs opérations plus écologiques, les actions politiques telles que le lobbying ou le financement de campagnes publicitaires peuvent avoir un fort impact sur la protection de l’environnement et engendrer des conséquences positives et négatives. »

 

D’où l’urgence pointée par les auteurs du manifeste, de mettre en action une responsabilité politique d’entreprise (RPE) et pas uniquement une RSE. La RPE est définie comme la divulgation par une entreprise de ses activités politiques et son plaidoyer en faveur de politiques publiques destinées à faire progresser la société sur le plan social et environnemental.

 

Les entreprises doivent devenir aussi transparentes en matière de politique qu’elles l’ont été pour ce qui concerne le développement durable. Ce n’est que de cette façon que toute hypocrisie et contradiction seront éradiquées et que les citoyens seront protégés des actions invisibles d’intérêts privés. Par ailleurs, en l’absence de transparence, les actionnaires sont dupés également, faute de savoir comment les fonds qu’ils investissent sont utilisés. Enfin, l’action politique des entreprises doit être prise en compte par les activistes, les universitaires, les consommateurs et les investisseurs soucieux de la durabilité.

 

Repenser les notations RSE

 

Les organismes de notation proposent des indicateurs en matière de RSE qui permettent d’éclairer les investisseurs. Dans les faits, les fonds d’investissement socialement responsables ont contribué à changer les habitudes de reporting des entreprises. Or, les indicateurs utilisés ne tiennent généralement pas compte de l’action politique des entreprises.

 

Il serait donc temps, selon le collectif, de modifier ces paramètres afin d’être en mesure d’évaluer les entreprises, de façon critique, en fonction de leur impact sur la durabilité de leurs positions en matière de politique publique. Les services de notation RSE et les fonds d’investissement éthiques devraient exiger des entreprises ce type d’informations et inclure une évaluation de l’activité politique des entreprises dans leurs évaluations.

 

Les entreprises ont tout intérêt à révéler leurs activités politiques : la demande de transparence deviendra en effet plus forte à mesure que la génération Y gagnera en influence. Ces individus ont grandi dans l’attente d’une transparence radicale tant pour ce qui concerne les produits qu’ils achètent que les entreprises pour lesquelles ils travaillent. Ignorer ces attentes serait prendre de gros risques pour demain.

 

Sans être le remède à tous les maux, le collectif soutient que la création de nouvelles normes de responsabilité politique des entreprises, couplée à une transparence radicale autour leurs actions, constitue une étape indispensable vers une responsabilité véritable.

 

Cet article s’appuie sur un entretien avec Magali A. Delmas et sur son article « La RSE a besoin de la RPE : durabilité et politique des entreprises », California Management Review, juin 2018), co-écrit avec Thomas P. Lyon, John W. Maxwell, Pratima Bansal, Mireille Chiroleu-Assouline, Patricia Crifo, Rodolphe Durand, Jean‑Pascal Gond, Andrew King, Michael Lenox, Michael Toffel, David Vogel, et Frank Wijen. Publié dans Knowledge@HEC, 2019 et The Conversation.

 

 

 

 

 

 

 

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