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Numérique et environnement : la double révolution du 21e siècle

Publié par Isabelle Albert, cofondatrice de Satgana et VP de Digital Reunion le - mis à jour à

Dans la course contre le réchauffement climatique, nous sommes de plus en plus nombreux à nous interroger sur nos moyens d'actions individuels, ici et maintenant à notre échelle.

" Pisser sous la douche ne suffira pas " nous rappelle avec humour Time For The Planet. Pourtant, il est une pollution invisible et exponentielle sur laquelle nous pouvons agir chacun au quotidien, tant à la maison qu'au travail : la pollution numérique qui représente 4% des émissions de CO2 mondiales.

Face à la crise écologique - si complexe à appréhender car touchant au climat, à la biodiversité, à la gestion des eaux, de l'air, des gaz à effet de serre, de l'énergie, au coeur de notre modèle productiviste - les nouvelles technologies apportent des leviers d'action opérationnels. La green tech, qui met la révolution numérique (données, capteurs, algorithmes, digitalisation) au service des grands enjeux environnementaux, a permis en 2020 l'investissement de 3 100 milliards d'euros dans des solutions aux problématiques de déchets, de mobilité, d'optimisation énergétique, de gaspillage alimentaire, de ville durable.

Pour autant, sans mesure d'impact de ces nouvelles solutions numériques, nous pourrions avec la meilleure intention du monde, aggraver la situation avant même d'y répondre. Car loin d'être immatériel, le numérique n'est rendu possible que par des kilomètres de câbles, des hectares de centres d'hébergement de données, des tonnes de terminaux : si Internet était un pays, ce serait le sixième consommateur d'énergie et le septième émetteur de CO2.

53 millions de tonnes des déchets électroniques ont été produits en 2019, dont on estime que plus de 80% ne sont pas recyclés. Entre 54 et 113 millions de téléphones mobiles dormiraient dans les tiroirs des seuls Français, dont les deux tiers seraient en état de de marche d'après l'AFNUM. Une mine d'or - au sens propre comme au figuré - inexploitée et gâchée. Au taux de croissance actuel de la consommation de cuivre, les réserves actuelles connues pourraient à s'épuiser d'ici 26 ans, avec son lot de tensions géopolitiques, la Chine contrôlant 80% de l'extraction des terres rares.

Si bien que nous pourrions être contraints à des arbitrages entre les différents usages du numérique. Paradoxalement, la période du confinement dû à la covid-19 a révélé la fragilité d'un Internet qu'on croyait illimité, les opérateurs eux-mêmes appelant à restreindre " des usages qu'il faudrait pouvoir en ce moment réduire drastiquement pour laisser la place à ce qui est important à la vie du pays " (Didier Casas, secrétaire général de Bouygues Télécoms).

2020 marque à ce titre un tournant important en France et en Europe avec la montée au créneau des législateurs, du Sénat français au Parlement européen, pour limiter l'empreinte environnementale du numérique, plaçant la France et l'Europe en chefs de file du numérique responsable.

C'est dans ce contexte que s'inscrit la proposition, portée par l'Institut G9+ et l'Institut du numérique responsable, d'initier une convention d'engagement volontaire du numérique basée sur 10 engagements concrets pour les administrations et entreprises de toutes tailles afin d'initier une démarche vertueuse collective.

Alors quels gestes adopter au quotidien ? Effacer nos mails volumineux ne suffira certes pas. En revanche, allonger la durée d'usage de nos terminaux constitue un véritable enjeu, car la fabrication d'équipement numérique est la phase la plus consommatrice d'énergie et de matière première.

La réparation et le reconditionné deviennent non seulement des priorités pour un numérique responsable, mais aussi des enjeux économiques et d'emplois locaux intéressants dans le cadre d'un plan de relance, au sein duquel la commande publique (qui représente 15% du PIB français) pourrait accompagner les plans territoriaux de digitalisation des TPE-PME d'une véritable stratégie de sensibilisation et de création de filières durables de reconditionnement et économie circulaire numérique, dans la lignée de la loi AGEC de 2020.

Non " pisser sous la douche ne suffira pas ", mais garder ses terminaux deux fois plus longtemps, éteindre sa box et ses appareils, acheter des produits reconditionnés ou neufs mieux réparables et en exiger tout autant des administrations de nos collectivités, éviter de regarder des vidéos en ligne directement en 4G, et pourquoi pas passer plus de temps à refaire un monde durable avec des amis - cela oui, constitue un bon début.





Isabelle Albert est auteure et directrice de publication de " Tech it green. Transformation numérique et transition écologique : construire la double révolution du 21 siècle " édité par l'Institut G9+, think tank fédérant 24 communautés de diplômés des grandes écoles et universités et 50 000 alumni autour des enjeux du numérique, co-fondateur de la European Champions Alliance.


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