Comment amorcer une stratégie de finance verte ?

Publié par Audrey Fréel le - mis à jour à
Comment amorcer une stratégie de finance verte ?

Les financements durables ont actuellement le vent en poupe. Aux côtés des financements fléchés verts et/ou sociaux, les instruments non fléchés, dits à impact (ou "sustainability linked"), font de l'oeil aux entreprises, en leur offrant davantage de flexibilité.

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Les financements verts ont la côte et intéressent de plus en plus les entreprises, aussi bien au niveau des grands groupes que des PME et ETI. "Le marché du financement durable s'est considérablement développé depuis un peu plus de trois ans, avec une forte accélération en lien avec la crise sanitaire", constate Aurélie Rabouh-Georges, associée Debt & Treasury Advisory chez Mazars. Selon Climate Bond Initiative, les "green bonds" (ou obligations vertes) ont dépassé fin 2020 la barre des 1000 milliards de dollars d'émissions cumulées au niveau mondial, depuis la création du marché en 2007. "La montée de la pression politique et réglementaire sur les enjeux de transition écologique mais également celle des actionnaires, qui incitent de plus en plus les entreprises à s'engager sur des critères ESG, explique notamment cet engouement", analyse Pierre Queinnec, fondateur et p-dg de Jenji, une entreprise qui propose des solutions de gestion des frais professionnels et des indemnités.

Deux types de financement durable

Il existe actuellement deux grands types de financements durables : les financements fléchés (ou orientés) et les financements non fléchés (à impact ou "sustainability linked"). "Ces deux catégories peuvent être des financements de type bancaire ou obligataire", précise Aurélie Rabouh-Georges.

Dans le cadre d'un financement fléché, les fonds doivent être affectés à des projets oeuvrant pour la transition énergétique et/ou ayant une dimension sociale. "Les financements fléchés ont connu un développement important mais leur cas d'application reste limité et ils sont très encadrés, avec des suivi et reporting réguliers pour contrôler la bonne affectation des fonds", explique Aurélie Rabouh-Georges.

A contrario, les applications sont beaucoup plus larges pour les financements non fléchés, qui offrent plus de flexibilité. Dans ce cas, le financement comportera un engagement d'amélioration d'indicateurs environnementaux, sociaux ou durables prédéfinis et propres à l'entreprise. "Le coût du financement variera en fonction de l'atteinte ou non de ces objectifs", relate Aurélie Rabouh-Georges. Avec toutefois un bémol. "Ces financements à impact sont encadrés par des pratiques de marché et il convient de respecter des lignes directrices. Un financement durable ne doit pas être réalisé uniquement dans le but d'obtenir une bonification mais doit s'inscrire dans la stratégie RSE de l'entreprise", met en garde Aurélie Rabouh-Georges.

Des prérequis

D'autant que pour l'associée de Mazars, la plus-value financière n'est pas nécessairement importante pour ce genre de financement. "Il faut plutôt le voir comme un outil d'illustration des engagements RSE de l'entreprise", estime-t-elle. Il ne s'agit donc pas de s'engager dans cette démarche la fleur au fusil. Ce genre d'opérations impose aux entreprises un certain nombre de prérequis. "Il faut avoir une certaine maturité en termes de stratégie RSE et le financement durable doit correspondre à la réalité de l'entreprise", souligne Aurélie Rabouh-Georges.

Dans le cas d'un financement à impact, les objectifs doivent être ambitieux mais atteignables. "Nous conseillons de prendre des indicateurs déjà audités et bénéficiant d'un track record parmi lesquels on peut retrouver la réduction des gaz à effet de serre, de la consommation d'eau, d'électricité ou encore de plastique dans les emballages", énumère Aurélie Rabouh-Georges. Pour cela, il est important d'avoir un suivi régulier des données extra financières. "Il faut des reporting clairs et être capable de mesurer et analyser les données, à l'aide d'outils digitaux, pour détecter les axes d'amélioration", indique Pierre Queinnec.

Par ailleurs, le soutien de la direction générale est essentiel pour conduire à bien un projet de financement vert. "Il est recommandé que la direction générale soit sponsor de ce projet", confirme Aurélie Rabouh-Georges. S'engager sur un support de financement durable impose également de collaborer avec différentes équipes. "Ce sont des projets assez fédérateurs en interne car cela implique que la direction financière travaille avec d'autres métiers sur ces critères extra-financiers, comme la RSE ou encore la communication", remarque Aurélie Rabouh-Georges. Ils contribuent également à illustrer l'engagement de l'entreprise en matière de RSE. Ce qui permet de marquer des points auprès des investisseurs et des prêteurs mais également des clients, des fournisseurs et des salariés.

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