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Manutan : "Nous sommes entrés dans l'ère du "Goods to persons"

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Manutan : 'Nous sommes entrés dans l'ère du 'Goods to persons'

Manutan redouble d'efforts pour innover sur l'ensemble de sa supply chain, et proposer une expérience client de qualité. Des efforts sont également portés sur l'empreinte écologique du Groupe. Le point avec Grégoire Koudrine, le directeur supply chain.

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Selon vous, qu'est-ce qui fait la particularité du positionnement de Manutan ?

Historiquement, Manutan était connu pour publier d'énormes catalogues de 2 000 à 3 000 pages. Évidemment, la donne a quelque peu changé avec internet puisqu'aujourd'hui plus de 80 % des commandes se font en ligne. En tant qu'ETI âgée de plus de 50 ans, nous distribuons
des produits sur le marché B to B exclusivement en Europe.
Pour rappel, la vente de matériels industriels de bureau vers les entreprises, les collectivités et les artisans (notamment sur le marché anglais) est au coeur de notre spécialité. Nous avons réalisé en 2020 un chiffre d'affaires de 730 millions d'euros, en très légère croissance comparé à 2019, ce qui est plutôt positif compte tenu du contexte de crise sanitaire.

Quelles sont les actualités du groupe Manutan ?

Avec notre filiale Papeteries Pichon, nous avons inauguré en février 2021 un nouvel entrepôt logistique ultramoderne à Veauche (Loire). L'objectif étant d'adresser une offre de fournitures scolaires sur le marché français, sachant que nous détenons déjà près de 40 % de ce marché. Ainsi, un nouveau terrain, un nouveau siège social et un entrepôt pleinement mécanisé et automatisé (via l'éditeur Savoye) ont été construits (NDLR : 30 millions d'euros ont été investis dans cette nouvelle plateforme logistique qui comprend deux cellules de préparation de commandes et de stockage de 12 000 et de 6 000 m² dans lesquelles peuvent être traités jusqu'à 250 000 pickings et 10 000 colis par jour).

Sur notre site de Gonesse, une extension du bâtiment principal vient d'être inaugurée. Une extension reposant sur un autostore (déployé via l'intégrateur Alstef) considéré comme le plus gros en France. Pour synthétiser, un autostore repose sur une multitude de bacs dans lesquels on peut placer tous nos petits produits. Bacs qui sont acheminés par des robots, ces derniers étant gérés par des préparateurs de commandes qui n'ont donc plus besoin de se déplacer. Autrement dit, l'époque où les préparateurs devaient aller chercher les produits pour ensuite les déposer dans les cartons, est désormais révolue !

Nous sommes entrés dans l'ère du "Goods to persons", un concept très en vogue actuellement puisque les contraintes physiques des préparateurs sont considérablement diminuées, tout en gagnant en efficacité. Comme il s'agit d'une nouvelle technologie pour le Groupe, nous sommes très attentifs aux améliorations régulières que l'on peut et que l'on doit apporter. Enfin, le Groupe Manutan met à jour son double système d'information vis-à-vis de ses entrepôts (WMS). Le principal WMS étant Manhattan 2018 qui est notamment déployé en Angleterre et aux Pays Bas, sans oublier le WMS LM-OMS de Savoye.

Quels sont les coûts pour un tel développement et les conséquences induites ?

Avec ce bâtiment reposant sur cette technologie autostore, nous avons investi près de 18 millions d'euros, avec un double gain à la clé : centraliser et augmenter l'offre. En effet, comme nous avions l'habitude de "brasser" beaucoup de petits produits, à la fois en France mais également aux Pays-Bas, cette technologie nous est apparue nécessaire afin de centraliser l'offre de ces produits sur le site central de Gonesse. Par ailleurs, cela nous a permis de doubler notre capacité de stockage. Or, dans notre activité, comme dans de nombreux secteurs d'ailleurs, plus la mise à disposition des produits est grande, plus le chiffre d'affaires progresse. Dans le même temps, nous avons investi dans des machines qui permettent d'adapter la taille des cartons avec les produits qui sont déposés. Avec à la clé, un gain RSE considérable puisque, non seulement les plastiques ont disparu, mais la taille des cartons est adaptée en fonction du contenu.

Enfin, quatre fois plus de commandes sont désormais traitées et ce, avec le même nombre de personnes. Mieux, cette technologie nous garantit une capacité à adapter notre production en fonction du volume des commandes... soit à la baisse, soit à la hausse.

À l'échelle de la supply chain, c'est un atout très appréciable que d'être capable d'anticiper l'avenir.

Quels sont les chiffres clés de l'activité supply chain du Groupe ?

Nous enregistrons près de 10 000 commandes par jour en moyenne toutes entités confondues, tout en livrant des clients dans 17 pays en Europe à travers 23 filiales. Nous possédons par ailleurs deux sites logistiques qui stockent l'offre centrale du Groupe, soutenus par 10 sites régionaux qui stockent non seulement l'offre centrale, mais également les offres régionales.

Sur le plan de l'offre produits, même si la situation est constamment en évolution, nous référençons près de 630 000 produits sur nos sites internet. Notre volonté est de ne pas forcément mettre à disposition une multitude de produits (comme peut le faire Amazon) mais au contraire d'effectuer une sélection précise pour nos clients. Notre objectif est d'être le plus réactif possible et nous demandons à nos fournisseurs de livrer directement les clients (dropshipping) parfois via du cross docking sur nos plateformes lorsque nos fournisseurs n'arrivent pas à avoir des schémas de transport adaptés.

Comment s'articule votre supply chain à l'international ?

Même si la stratégie globale est déterminée à partir du siège à Gonesse, nous sommes très attentifs à l'offre locale à travers nos 12 sites. En effet, sur le marché européen cohabitent de nombreuses normes propres à chaque pays (notamment sur les prises électriques). Il est donc nécessaire de donner une certaine autonomie aux plateformes réparties en Europe afin d'être en phase avec les spécificités locales. Ainsi, 80% du chiffre d'affaires est réalisé à partir des entrepôts locaux. Par ailleurs, Manutan est aussi connu pour avoir des produits type "Long sell" (c'est-à-dire des références qui se vendent très peu mais qui restent indispensables) et qui sont distribués directement par les entrepôts centraux (Gonesse et Pays-Bas). Dans ce cas de figure, notre promesse de livraison passe d'un délai initial de 24 heures, à quelques jours.

Quid de la question du dernier kilomètre ? Est-ce quelque chose d'important dans le BtoB ?

De nombreuses personnes qui ne connaissent pas bien le monde du B to B ont tendance à penser que la pression du "dernier kilomètre" est absente ou du moins, peu palpable. En réalité, elle est presque aussi importante désormais que dans le B to C. En effet, non seulement le respect du délai de livraison est fondamental, mais la qualité dans la transmission du colis (politesse, courtoisie...), la diminution de produits polluants (plastique) ou le type de véhicules utilisés (gasoil, électrique...) représentent désormais des critères forts dans l'esprit de nos clients. Même si nous n'avons pas notre propre flotte de livreurs, nous sommes de plus en plus vigilants à ce que les transporteurs respectent les fondamentaux liés aux derniers kilomètres, sans négliger pour autant les innovations. Par exemple, nous collaborons avec Urby dans certaines villes pour que les livraisons effectuées par les transporteurs soient réalisées par des véhicules à faible émission (électriques ou roulant au gaz naturel pour véhicule) ou mieux, à vélo.

Comment Manutan se positionne sur le volet écologique et quelles conditions de travail proposez-vous ?

Historiquement, le Groupe a toujours été attentif aux conditions de travail de ses employés. Il suffit de voir aujourd'hui ce que nous avons notamment déployé sur le site de Gonesse, non seulement pour le bien-être des employés, mais également pour leur évolution personnelle : centre sportif universitaire, restaurant bio... Quant à la question écologique, nous menons actuellement une réflexion sérieuse sur notre stratégie RSE. Concrètement, nous sommes sur le point de recruter une personne qui sera en charge de la politique RSE à suivre durant les prochaines années... sachant que nous sommes déjà en avance sur la question des emballages et sur l'usage du plastique dans notre chaîne logistique.

Quelles sont, selon vous, les perspectives d'avenir de votre supply chain ?

Notre priorité immédiate, compte tenu de nos récents déploiements, est bien entendu de stabiliser les nouveautés. En parallèle, nous restons très vigilants sur les nouvelles technologies lancées ces dernières années que nous pourrions adopter. La robotique n'est bien sûr pas en reste compte tenu de son potentiel. À ce sujet, des questions naturelles se posent : jusqu'où doit-on aller en matière de robotique ? Où doit-on créer de la valeur ajoutée ?

Autre sujet d'avenir, la traçabilité. Sachant qu'une des priorités du Groupe est de tenir ses promesses, il est fondamental que les clients soient mis au courant quant à l'acheminement de leurs produits. Or, en matière de traçabilité, la technologie évolue à grande vitesse, notamment grâce à l'intelligence artificielle (IA). Une réflexion sur l'usage de cette IA a déjà démarré pour enrichir notre supply chain, mais nous ne voulons pas y aller aveuglément.

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