Le tourisme durable prend une nouvelle dimension


Proclamée année internationale du tourisme durable par l’Organisation mondiale du tourisme (ONU ), 2017 marque un tournant dans la sensibilisation des consommateurs au développement durable. Les professionnels prennent, eux aussi, de plus en plus conscience de la nécessité de voyager responsable.

2017 est à marquer d’une pierre blanche. Pour la première fois, le tourisme tient le haut de l’affiche en matière de développement durable. Institution spécialisée des Nations Unies , l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a en effet proclamé, le 18 janvier dernier, « 2017 année internationale du tourisme durable ». « C’est une occasion exceptionnelle de sensibiliser les décideurs publics et privés, ainsi que les consommateurs, à la contribution du tourisme durable au développement et de mobiliser toutes les parties prenantes pour faire du tourisme un catalyseur de changement positif », estime Taleb Rifai, le secrétaire général de l’OMT. Cinq domaines sont mis en avant : la croissance économique durable, l’emploi et la réduction de la pauvreté, l’utilisation rationnelle des ressources et la protection de l’environnement, la compréhension mutuelle, les valeurs culturelles et la préservation du patrimoine.

Une forte demande du grand public

A cette occasion, l’association ATR (Agir pour un Tourisme Responsable) -qui rassemble les professionnels du voyage engagés dans un tourisme à visage humain- a interrogé 7 000 voyageurs pour connaître leur vision du tourisme responsable. « Plus de 30% des clients en font une priorité. L’attente des consommateurs est de plus en plus forte », note Julien Buot, le directeur d’ATR. Pour les voyageurs interrogés, le tourisme responsable s’apparente en premier lieu au respect du patrimoine, de la culture et des populations d’accueil ainsi qu’ à la préservation de la faune et de la flore. Pour eux, le tourisme durable, c’est avant tout une manière de participer personnellement au développement local de la destination. Mais c’est aussi, pour 59% des personnes interrogées, un critère que devraient intégrer tous les professionnels du voyage. Et là, force est de constater que l’on est encore loin du compte, même si les mentalités changent progressivement. « Il y a une sensibilité du grand public sur cette question depuis longtemps mais il y a un retard des professionnels dans la compréhension des attentes des clients », confirme Julien Buot.

Les professionnels se remettent en question

Depuis quelques années cependant, le changement de culture commence à s’opérer et les professionnels du tourisme prennent de plus en plus cette cause au sérieux. Ils sont aujourd’hui nombreux à mettre en place des initiatives durables et à le faire savoir.

Dans l’hôtellerie, l’affichage expérimental fait progressivement son entrée au sein des hébergements. Sur les étiquettes, quatre indicateurs environnementaux sont renseignés et déterminent une note globale entre A et E, A étant la meilleure note : l’impact sur le climat ; la consommation d’eau; la consommation de ressources non renouvelables ; la part des produits bio ou écolabellisés dans les approvisionnements de l’hôtel. Cette démarche concrète répond à une demande des hébergeurs souhaitant réduire leurs coûts et leurs impacts, tout en leur permettant de communiquer sur leurs performances environnementales.

Cent établissements hôteliers se sont déjà engagés et plusieurs d’entre eux se sont vus remettre les premières étiquettes environnementales par le Ministère de l'Environnement à l’occasion du Salon Mondial du Tourisme en mars dernier. Parmi les hôtels volontaires figurent deux adresses du groupe Barrière : Le Westminster au Touquet et Le Normandy à Deauville. Deux autres suivront rapidement : l’Hôtel Barrière Le Majestic à Cannes et l’Hôtel Barrière Ribeauvillé en Alsace. « Nous avons engagé l’an dernier cette démarche dans notre établissement de Marrakech à l’occasion de la COP 22 puis nous avons décidé de l’étendre à d’autres hôtels du groupe », indique Clémentine Concas, directrice développement durable et RSE du groupe Barrière. L’étiquetage a notamment permis de mettre le doigt sur des axes d'amélioration, comme des températures trop élevées dans les chambres ou des pertes d’énergie au niveau du chauffage.

Certains optent pour la certification...

Du côté des voyagistes, cela bouge également. Conçu il y a dix ans, Travelife aide les tour-opérateurs et les agences de voyages à gérer et à améliorer leurs impacts sociaux et environnementaux en se conformant aux critères internationaux de durabilité. Son programme comprend dix domaines d'intervention parmi lesquels : les conditions de travail, le respect des droits de l'homme, la protection du consommateur, l'environnement, la biodiversité, les relations avec les communautés ou encore les pratiques commerciales équitables. En obtenant fin 2016 la certification Travelife, le groupe Transat France est le premier tour-opérateur français à avoir décroché le prestigieux sésame.

De son côté, l’agence Les Ateliers du Voyage (groupe Kuoni) vient en outre d’obtenir le label ATR certifié par Ecocert. Exigeant, ce dernier implique de respecter une ribambelle de critères déclinés autour de trois grands axes : la transparence et la sensibilisation du client, le partenariat avec les prestataires locaux et la cohérence de l’engagement au quotidien. L’agence rejoint ainsi les huit opérateurs déjà labellisés à ce jour parmi lesquels figurent les principaux TO d’aventure (Allibert, Nomade, Terres d’Aventure …)

... D'autres pour l'humanitaire

Si Transat France fait figure de précurseur, d’autres voyagistes, à différentes échelles, s’engagent également dans une démarche de développement durable. Ainsi, le groupe Salaün Holidays développe des actions responsables dans six de ses destinations. Le tour-opérateur breton apporte son soutien à deux écoles en Inde, mais agit aussi à Madagascar où, pour chaque voyageur inscrit, il reverse 20 euros à l'association Amitiés Madagascar Bretagne. Le voyagiste membre d'ATR donne aussi un coup de pouce au Pérou, en soutenant l'activité de tissage de la communauté Amaru, et mène d'autres actions solidaires en Ouzbékistan et en Afrique du Sud.

Le tourisme de masse doit être responsable

« Le tourisme durable ne doit plus être un sujet d’expert mais devenir un sujet populaire. Le tourisme responsable peut être du tourisme de masse », estime Julien Buot. Ainsi, pour sensibiliser le grand public au fait que « le développement durable est l’affaire de tous », l’association Acteurs du Tourisme Durable (ATD) a lancé une web série inédite cassant les idées reçues, le 1er juin. « Avant l’été, il est primordial de faire comprendre aux publics que les vacances responsables sont synonymes d’émotions, de rencontres et de découvertes », affirme ATD, qui fédère plus de 100 adhérents engagés dans une démarche durable. Relayée sur les réseaux sociaux, la campagne « Tous Acteurs du Tourisme Durable » met en lumière, sur un ton humoristique, des expériences inattendues vécues en couple, en famille, ou dans le cadre d’un séminaire, et dans plusieurs régions de France. « Le but d'ATD à long terme est de disparaître, quand tout le tourisme sera durable par définition », souligne Guillaume Cromer, président de l’association. On en est encore loin mais ça avance !

En attendant, les premières « Palmes du Tourisme Durable » verront le jour le 7 décembre à Paris. Ce nouvel événement réunira toute la profession (transporteurs, hébergeurs, voyagistes, destinations …) et récompensera les meilleures initiatives des acteurs du tourisme dans le développement durable.

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