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[Enquête] Comment se rapprocher du zéro déchet ?

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[Enquête] Comment se rapprocher du zéro déchet ?
© adrian_ilie825 - Fotolia

La réglementation contraint les entreprises à moins jeter mais à davantage trier, réutiliser, donner... Ces dernières se doivent donc d'initier une démarche de réduction des déchets, en s'associant à des partenaires pour trouver des solutions innovantes et en impliquant les salariés.

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Les déchets produits par l'activité économique seraient, en France, trois fois plus importants que ceux générés par les ménages, s'élevant à 70 millions de tonnes hors BTP (chiffres de l'Ademe). Une donnée qui incite la réglementation à être de plus en plus contraignante vis à vis des entreprises : obligation de la mise en place du tri 5 flux depuis 2016, interdiction de jeter les invendus alimentaires depuis 2016, interdiction de jeter les invendus non-alimentaires à partir du 31 décembre 2021, tri à la source des déchets organiques à partir du 31 décembre 2023, etc... Il est donc urgent de mieux gérer ses déchets.

Première étape : le tri. " Ce n'est qu'en triant ses déchets qu'on prend conscience du gaspillage afin de mieux le gérer ", avance Alexis Lemeillet, co-fondateur de Take a waste, start-up spécialisée dans la gestion des déchets en entreprise. Il donne l'exemple des biodéchets : la mise en place du tri permettrait de réduire mécaniquement de 15 à 40% la production des déchets. Au-delà du tri, d'autres actions peuvent être menées assez facilement : paramétrer les imprimantes sur recto/verso, remplacer les capsules par du café en grain moulu, supprimer les bouteilles d'eau à usage unique au profit de gourdes, mettre fin aux contrats de location qui poussent à renouveler trop fréquemment le parc d'ordinateurs et téléphones portables, etc...

Pour savoir quelle direction prendre, le mieux est de réaliser un audit. " En mesurant la quantité de déchets et en comprenant les processus de production, on identifie les axes prioritaires ", indique Manon Cuillé, directrice de La Maison du Zéro Déchet. Mais il restera toujours des déchets incompressibles : on peut faire don du matériel informatique ou du mobilier en fin de vie mais aussi des invendus. " L'objectif est de faire en sorte que ce soit aussi simple de revaloriser que de jeter ", explique François Vallée, directeur communication et marketing de Comerso, qui aide les entreprises à gérer leurs invendus via du destockage ou des dons. Cela s'avère souvent gagnant/gagnant. " En faisant don de ses invendus à une association, il n'y a plus de coût de destruction, plus de coût de transport (l'association vient les chercher) et on s'inscrit en plus dans une logique de mécénat ", raconte Caroline Villecroze, directrice marketing du cabinet de conseil Leyton.

Au-delà du don, on peut penser au réemploi. Nobatek/Inef4, à la fois centre de recherche et institut national pour la transition énergétique et environnementale du bâtiment, mène des projets visant à utiliser des déchets industriels comme matériaux de construction. " La réduction de déchets se fait en créant des synergies entre entreprises ", résume Benjamin Laclau, expert en économie circulaire au sein de l'organisme. La société Hub.cycle a engagé une démarche similaire : elle revalorise les déchets agro-alimentaires dans les cosmétiques (peau d'orange pour faire des huiles essentielles par exemple).

Trouver des solutions ensemble

S'associer à d'autres entreprises plutôt que d'oeuvrer seul est clé. Sandra Marécaux, fondatrice de La Terre de nos Enfants, qui accompagne particuliers et entreprises dans leur transition écologique, conseille de faire connaître sa démarche à ses fournisseurs afin de mettre en place des solutions de réduction des déchets. L'Auberge Basque, un hôtel-restaurant situé en Nouvelle-Aquitaine, et accompagné dans sa démarche par Take A Waste, se fait ainsi livrer par les producteurs avec lesquels il travaille dans des caisses en plastique, qu'ils récupèrent ensuite. " Nous travaillons avec des personnes qui partagent nos idées et trouvons des solutions ensemble ", indique Cédric Béchade, qui souligne que le plus difficile est finalement de trouver les bons partenaires. Pour aider les entreprises qu'elle accompagne dans leur démarche de transition écologique, la société Leyton les met en relation avec des entreprises innovantes, comme LivingPackets qui propose des colis réutilisables, Phénix qui apporte des solutions pour lutter contre le gaspillage alimentaire ou encore Cycle Up qui est une plateforme de réemploi des matériaux de construction. Pour aller plus loin, François Vallée invite à se pencher sur l'éco-conception. Benjamin Laclau travaille sur ce sujet au niveau des bâtiments, afin de faire en sorte qu'ils soient faciles à démonter, à faire évoluer, à recycler.

Quelle que soit la façon choisie de réduire les déchets, il s'agit d'embarquer les équipes. " Le frein principal est le changement des comportements. Il faut agir avec méthode pour réussir à garder la motivation des équipes ", pointe Alexis Lemeillet. C'est pourquoi Oasis Environnement, association qui accompagne les entreprises dans leur démarche zéro déchet, s'appuie sur un groupe de salariés : formés par l'association, ils assurent l'essaimage de la démarche auprès de tous les autres collaborateurs. " Nous travaillons avec les personnes réceptives au discours plutôt que de chercher à convaincre celles qui ne veulent pas changer : les 5% d'éco-acteurs convaincront les 20% de pionniers puis enfin les 40% ou 50% de salariés qui ont besoin d'être davantage accompagnés ", détaille Cédric Henrat, co-fondateur d'Oasis Environnement.

Pour convaincre et motiver les salariés, le sujet du déchet a cela de positif qu'il est visible. La société Les Alchimistes, qui trie, collecte et valorise les déchets alimentaires, sensibilise au sujet du gaspillage alimentaire dans les restaurants d'entreprise via une poubelle dédiée aux restes d'assiette qui indique le tonnage. Pour changer les habitudes, Sandra Marécaux conseille surtout d'accepter que le changement se fait dans le temps. Ce qu'approuve la dirigeante d'une des entreprises qu'elle accompagne, Julie Nancey du Lodge du Berlandou : " Il ne faut pas chercher à tout changer d'un coup mais élaborer un plan d'action pour prioriser ", constate-t-elle. Ce qui veut dire qu'il est préférable de monter une équipe projet, qui s'assurera du bon déroulement : un projet de réduction des déchets se mène comme tout autre projet.

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