Eqosphere redistribue les invendus


Près de 30 kg de nourriture sont gaspillés par Français et par an. Avec Eqosphere, Xavier Corval optimise, simplifie et sécurise la revalorisation des déchets alimentaires.

Il y a ceux qui font du marketing mais sans perdre leur âme. Xavier Corval est de ceux-là. Lors de ses études à Sciences-Po Paris, il assure un job étudiant chez un traiteur. En voyant tous ces produits gaspillés, il prend son scooter pour aller les distribuer à des sans-abri. C’est cette prise de conscience qui le pousse, après une première expérience en entreprise, à créer un projet qui a du sens. L’idée : redonner de la valeur à des aliments qui vont être jetés. En juillet 2012, il entre à l’incubateur d’entreprises de Sciences-Po et crée Eqosphere sous forme de SAS (agrément solidaire), avec le soutien de Paris Initiative Entreprise, le fonds local de France Active, le Réseau Entreprendre et BPI France (ex-Oseo).

Composée aujourd'hui d'une dizaine de salariés, Eqosphere se décrit comme créatrice "d’intelligence collaborative autour des enjeux sociaux et environnementaux". La plateforme se situe à la frontière entre deux types de clients. D’un côté, il y a les distributeurs qui veulent réduire leur gaspillage et revaloriser leurs invendus : hypermarchés et supermarchés (Auchan, le premier client historique, Casino, Leader Price, Franprix, Leclerc), des chaînes (G20, Bien, enseignes bio et de plus en plus de grossistes), et enfin des traiteurs (Potel & Chabot et l’organisation Traiteurs de France). De l’autre, il y a les associations caritatives qui offrent une seconde vie à ces invendus : Emmaüs, La Croix Rouge, Le Secours Populaire, Baziliade, SOS Enfants, Sol en Si, le Samu Social…

Jongler entre social et rentabilité

La société fait aussi office de formation pour les entreprises intéressées. « Nous leur donnons les clés pour fonctionner avec une expertise positive et "gagnant-gagnant" », précise Xavier Corval. Il prend l'exemple de l'hypermarché Auchan de Kremlin Bicêtre qui valorise depuis 2013 plus de 40% de ses produits invendus et ex-déchets. « Nous ne jouons pas sur la culpabilisation mais sur la valorisation. L'idée est de créer un état d’esprit, car le gaspillage est une problématique à la fois éthique, économique, organisationnelle, matérielle, partenariale...», ajoute l'entrepreneur.

Pour l'heure, Eqosphere est en plein déploiement en régions, avec des équipes locales et des collectivités partenaires. La start-up - qui a reçu le 1er Prix Eco-Innovation en 2013- prévoit ainsi de quadrupler son chiffre d’affaires cette année. En parallèle, Xavier Corval fait partie du nouveau Pacte de lutte nationale contre le gaspillage alimentaire initié par le gouvernement français. L'an passé, il avait notamment participé au rapport de Guillaume Garot (PS) intitulé « lutte contre le gaspillage alimentaire : proposition pour une politique publique ».

« Mon défi : transformer ma conviction en modèle économique avec deux axes structurants : l’impact social et la rentabilité, pour une efficacité qui perdure », confie Xavier Corval. « Car le "marché" des solutions aux problèmes sociaux et environnementaux n'est pas facile. Même le "marketing social washing" commence à arriver. » Il faudra donc éviter de nombreux pièges pour atteindre l’objectif européen de réduire les déchets de 50% d’ici 2025.

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