Avec l'aquaponie, la culture devient autonome


Derrière ce drôle de nom se cache un moyen de cultiver des fruits et légumes sains grâce à... un aquarium de poissons. Pas besoin de pesticides, ni de terre ou d'engrais, ce système vertueux et autonome représente une alternative à l'agriculture traditionnelle.

L'aquaponie pourrait bien envahir nos chaumières. Ce savant mélange d’aquaculture (élevage de poissons et d’autres organismes aquatiques) et d’hydroponie (culture hors-sol des plantes grâce à de l’eau enrichie en matières minérales) permet de répondre à un besoin d'économies et d'autosuffisance. Pas besoin de s'y connaître en jardinage ni en pisciculture. Pierre et Fanny se sont lancés dans l'expérimentation de l'aquaponie il y a trois ans, et ils ont déjà fait beaucoup de chemin depuis.

"Au départ nous avions quelques mètres carrés de potager puis au fil du temps la passion s’est installée et nous avons décidé il y a deux ans de vraiment faire le grand saut; nous avons démarré nos premiers systèmes aquaponiques et nous avons multiplié notre surface de culture par au moins 30. Nous avons actuellement des bassins de plusieurs milliers de litres ainsi que quelques 250 poissons de plusieurs espèces ce qui nous permet de belles récoltes et nous apprend les rudiments du métier, au delà de la théorie, car il y a tout de même quelques aléas à maîtriser pour arriver à avoir un système aquaponique riche et équilibré" explique Pierre Harlaut.

Créer une communauté

Depuis 2014, le couple de trentenaires basés dans le village de Romain dans la Marne (51) s'instruisent et testent divers modes de culture avec pour modèle : la permaculture. Ils ont aussi créé plusieurs sites internet et communautés sur lesquels ils partagent et échangent conseils, expériences, réussites et échecs. "Nous avons beaucoup de projets mais celui qui a été le plus rapide à concrétiser est notre réseau social Permaculteurs.com qui dépasse les 5000 inscrits en seulement 8 mois d’activité et aujourd'hui nous sommes 12 000", raconte Pierre. Un autre réseau social, Akaponik, a vu le jour, pour favoriser le partage de photos, vidéos, humeurs et articles aux membres de la communauté d'aquaponistes francophones.

Et ce n'est pas tout. Dans leur élan, Pierre et Fanny créent Permacube, une petite société qui vend des kits aquaponiques artisanaux, permettant à chacun de faire pousser basilic, fraises ou encore courgettes chez soi. "L'idée n'est pas d'industrialiser cette activité mais bien de la rendre accessible à tous. L'aquaponie est très en vogue en Australie, aux Etats-Unis ou encore en Asie, nous avons 25-30 ans de retard en France", rappelle Pierre. Ils ouvrent aussi un bureau d’étude spécialisé dans cette forme de culture. Peu de temps après, ils sont contactés par le restaurateur Alain Lemirre, intéressé pour ouvrir le premier restaurant bio aquaponique de France. Oh Terroir vient d'ouvrir à Montargis dans le Loiret. Plus tard, ils aimeraient installer un distributeur de légumes dans le village de Romain, produire de la spiruline et de la chlorella bio.

Lever des fonds

Cet été, Pierre et Fanny ont réussi à lever plus de 6000€ sur la plateforme de crowfunding Ulule afin d'aller encore plus loin. "A l’issue de cette campagne, des vidéos de formation à l'aquaponie ont été publiées pour toute la communauté. Le résultat de l'audit de nos installations pourra servir à tous ceux qui voudront se lancer dans l'aquaponie en France et partout dans le monde. Et surtout, nous voulons prouver scientifiquement que l'aquaponie figure incontestablement parmi les nouveaux modèles d'agriculture du futur", ambitionne Pierre.

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