En France, l'économie circulaire ne tourne plus en rond


Limiter ses achats neufs, gaspiller moins de nourriture et recycler mieux… La Sainte trinité de l'économie circulaire fait de plus en plus d'adeptes au sein des associations… et des entreprises privées qui y voient l'occasion de concilier respect de la planète et logique économique.

Nourriture, boissons et consommables mis de côté, ils n'achèteront rien de neuf en 2018 ! Telle est la promesse des 4 000 Français qui ont répondu positivement au défi lancé par l'association Zero Waste France. Un appel symbolique, en plein cœur des soldes de début d'année, qui veut rappeler l'impact considérable de nos achats de produits neufs en termes d’empreinte écologique. Car derrière chaque objet de la vie quotidienne se cache une grosse consommation de ressources naturelles. Ce "sac à dos écologique" tel que Zero Waste France l'a baptisé pèse près de 70 kilogrammes de consommation de matières premières pour un smartphone d'à peine une centaine de grammes.

Favoriser la réutilisation et la réparation

"Nous voulons faire en sorte que les objets qui sont déjà dans le circuit y restent plus longtemps, tout simplement parce que la réutilisation est plus intéressante d'un point de vue environnemental que le recyclage", explique la porte-parole de l'association, Flore Berlingen. Un défi ambitieux alors que le concept de société de consommation n'a jamais été aussi tangible… mais pas irréalisable. "Entre les plateformes d'achat de produit d'occasion avec garantie et celles de location entre particuliers, l'économie collaborative a permis l'émergence d'alternatives au neuf." Pour la location d'objets, on peut citer des acteurs comme Sharinplace, O'leaz ou encore Allovoisins. Leboncoin s'est lui érigé en royaume de la vente d'objets d'occasion. Une place que Facebook veut lui disputer avec l'introduction de nouvelles fonctionnalités pour faciliter ce genre de transactions.

Bien sûr, les obstacles au développement de cette économie circulaire existent. A commencer par les entreprises qui ont fait de l'obsolescence programmée un modèle économique. Si la loi fait de la pratique un délit, elle n'est pour l'instant pas vraiment appliquée. Mais l'association Hop, à l'origine des premières plaintes déposées contre le champion incontesté en la matière, Apple, espère bien réussir à faire jurisprudence. Et aux esprits chagrins qui reprocheraient à l'initiative portée par Zero Waste France d'entraver la santé des entreprises (qui vendraient donc moins), l'association brandit ce rapport du Parlement européen qui annonce que l'Europe pourrait créer 200 000 emplois non délocalisables en promouvant la "réparabilité" et la longévité des objets du quotidiens. Bien souvent, les produits neufs proviennent de pays exotiques à la main d'œuvre plus souple et moins onéreuse.

Accélérer la mise en œuvre du tri des biodéchets

Si l'initiative de Zero Waste France avait pour objectif de "dézoomer sur les déchets de la vie quotidienne", l'association ne met pas de côté le combat contre ceux de la poubelle. Un sujet sur lequel il y a encore beaucoup à faire. "Un tiers de nos poubelles est constitué de biodéchets qu'il est contreproductif de brûler. Ceux-ci doivent retourner à la terre", pointe Flore Berlingen. Pour généraliser la pratique du compost d'ici 2025, comme l'espère le gouvernement, ce dernier devra sans doute passer par une campagne de sensibilisation pour en faire connaître les bénéfices auprès des Français. La prise de conscience concerne aussi les pouvoirs publics à l'image de la consultation lancée par le ministère de l'environnement le 24 octobre dernier pour élaborer une "feuille de route de l'économie circulaire".

Autre thématique forte : la consommation responsable. C'est pour s'attaquer aux 10 millions de tonnes de nourritures qui sont jetées à la poubelle chaque année en France qu'une application comme Optimiam a vu le jour. "Nous permettons aux commerçants partenaires de brader les produits alimentaires invendus, pourtant consommables, dans les vingt-quatre heures suivantes", explique son cofondateur Alexandre Bellage. Il doit toutefois composer avec des grands groupes pas toujours agiles et leur peur que son deal vienne cannibaliser les ventes "normales". "Les premières expérimentations ont pourtant montré qu'en plus de s'attaquer au gaspillage, on leur permet de dégager un petit chiffre d'affaires incrémental", pointe-t-il.

Mêmes causes mêmes effets pour le groupe Accor Hotels qui s'est engagé à diminuer de 30% ses déchets alimentaires dans une quarantaine d'hôtels pilotes. "Nous sommes associés au service Too Good to Go pour vendre à prix bradés des formules 'petit déjeuner' non vendues", détaille son directeur du développement durable, Arnaud Hermann. Son groupe a également décidé de tracker la nature des déchets alimentaires mis en poubelle à l'aide d'une balance connectée. Objectif : présenter au chef concerné un état des lieux (quantité et coût économique) de ce qui a été jeté. "Ça nous permis de corriger certains abus tels que le nombre de viennoiseries jetées car elles étaient avaient été disposées dans des panières mais non consommées. Nous avons changé le mode de présentation avec succès."

“100% des plastiques recyclés” à horizon 2025

Vient enfin la question du recyclage du plastique. Rappelons que le gouvernement s'est fixé comme cap : “100% des plastiques recyclés” à horizon 2025. Un appel entendu par le groupe Evian qui s'est récemment engagé à devenir une marque 100% circulaire, en utilisant 100% de plastique recyclé dans ses bouteilles à cet horizon et espère, à plus court terme, recycler 25 millions de bouteilles en plastique supplémentaires d’ici 2019. Pas une mince affaire à en croire Arnaud Hermann. "Je crois que le marché du recyclage va se verticaliser. Plutôt que de travailler avec des généralistes comme Veolia ou Suez, nous serons amenés à collaborer avec des spécialistes de chaque filière - plastique, bois, mégots – qui sauront nous accompagner là où les premiers se concentrent sur la logistique."

Pour Zero Waste France, le challenge est peut-être ailleurs : s'attaquer à la source du problème, à savoir l’omniprésence des emballages jetables et autres produits à usage unique (couverts jetables, pailles, objets promotionnels). “Ne gaspillons pas notre énergie et un temps précieux à tenter de trouver des solutions de recyclage pour des déchets qui pourraient de manière moins coûteuse et beaucoup plus rapide être remplacés par leurs équivalents réutilisables”, résume Flore Berlingen.

Mais toutes ces bonnes volontés risquent de rester lettre morte, faute d’outils permettant de financer, inciter et contrôler leur application. Ça tombe bien, le gouvernement vient d'annoncer qu'il réfléchissait à taxer les produits non recyclables ou dont la fin de vie n'est pas suffisamment prise en compte par leurs fabricants. Une "fiscalité amont" que l'association Zero Waste France voit comme "un signal positif".

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