"Notre combat écologique est de refuser d’extraire 250 tonnes de minerais pour trouver un carat"

Mis à jour : avr. 30


Manuel Mallen est le fondateur et président de Courbet, la première marque de joaillerie écologique de la place Vendôme. Il casse les codes du marché en misant sur la conscience écologique croissante des consommateurs et sur une distribution essentiellement digitale. Au programme : pas de boutiques, un showroom au 7 place Vendôme, des bijoux en or recyclé et avec des diamants de culture de laboratoire de la même qualité que ceux extraits des mines. Il est en train d’effectuer sa seconde levée de fonds auprès notamment d’une marque de la place Vendôme… Un signe ?


Quand l’histoire de Courbet a-t-elle débuté ?


Tout commence quand j’accompagne un ami gemmologue à Anvers pour visiter une manufacture de diamant de laboratoire. Sur place il est bluffé par la qualité des diamants et dans le train du retour il me dit « ce diamant c’est l’avenir ». Je garde en tête la remarque de ce gemmologue convaincu, lui qui exerce son métier depuis trois générations sur la Place Vendôme ! J’ai pensé à créer des collections avec ce type de diamants chez Poiray, mais sur les conseils d’Alain-Dominique Perrin, je décide de créer ma société, malgré les risques et incertitudes que cela comporte. Marie-Ann Wachtmeister (ex Procter&Gamble, MCKinsey, fondatrice en Suède d’une entreprise de telecom et d’une école inspirée de Montessori puis designer de joaillerie) entend parler de mon projet et m’informe qu’elle est séduite. Je me dis alors qu’elle apportera la garantie du beau pour aller avec mon projet qui porte l’idée du « bien ». L’écologie chez elle qui est suédoise est fondamentale. Oui les premières lignes du projet ont été écrites en mai 2017. Pile un an après né Courbet.


Pourquoi avoir baptisé votre marque « Courbet » ?


Courbet fait référence au peintre Gustave Courbet qui rêvait d’une nouvelle place Vendôme. Disruptif lorsqu’il peint l’Origine du monde, peintre de la Nature et de la Femme, Courbet fait voter le déménagement de la colonne Vendôme aux Invalides pendant la Commune de Paris. À son emplacement, il imagine un monument à la gloire de la paix (et non à la guerre), pour ouvrir sur la rue du même nom.

En quoi Courbet est une marque qui casse les codes ?


C’est la première marque de joaillerie écologique de la Place Vendôme. Elle est « disruptive » à plusieurs niveaux : côté matériaux déjà en utilisant du diamant de laboratoire ou de culture et de l’or 100% recyclé qui provient des mines urbaines (récupération de l’or dans les smartphones, les ordinateurs et les déchets industriels), côté distribution nous vendons exclusivement via Internet, dans notre boutique située au Printemps et dans notre showroom au 7 rue Place Vendôme. Nous ne voulons pas ouvrir de boutiques car notre taux de transformation dans notre showroom est excellent (plus de 80%). Nous avons un positionnement DNVB : digital native vertical brand avec Internet au cœur de nos ventes. On fait par exemple beaucoup de rendez-vous par Skype et Facetime avec nos clients. J’apprécie particulièrement la proximité avec les clients que ces canaux permettent.


En quoi votre diamant est-il différent ?


Déjà scientifiquement il ne faut pas l’appeler « diamant de synthèse » car il ne résulte pas d’une synthèse. Aux États-Unis, il est appelé « diamant de culture en laboratoire ». Il faut savoir qu’un diamant c’est du carbone qui s’est retrouvé sous haute pression/haute température pendant quelques heures, jours ou mois ce qui a engendré sa cristallisation sous terre. On a juste reproduit cela hors sol dans un laboratoire. Résultats : mêmes effets mêmes conséquences. Sa qualité est exactement la même que sous le sol. On accélère et on provoque le processus de création des diamants et surtout on évite de détruire l’environnement suite à leur extraction. Il faut savoir en effet que les plus gros trous effectués dans la terre sont ceux réalisés pour récupérer les diamants de mines. C’est spectaculaire. Notre combat écologique est de refuser d’extraire 250 tonnes de minerais pour trouver un carat de diamant, ce n’est plus possible. Nous avons donc réussi à reproduire la magie de la Nature grâce au génie humain mais l’incertitude du résultat est toujours là. Nous fabriquons du diamant mais nous ne savons pas s’il va être beau à la fin. D’ailleurs il coûte trois fois plus cher à produire que le diamant de mine. Pourtant on arrive à le vendre trente à 40% moins cher car nous avons seulement deux ou trois intermédiaires entre le laboratoire et le consommateur final contre 12 à 14 pour le diamant de mine.


Comment évaluez-vous la qualité de vos diamants ?


Nous les évoluons comme les diamants de mines selon les quatre critères « 4C » : Carat (le poids du diamant), Color (la couleur du diamant), Clarity (la pureté du diamant) et Cut (la taille du diamant). On a rajouté le C de Conscience. Attention moins de 30% de notre production de diamant obtient la plus belle couleur (D, E ou F quand le standard est G Place Vendôme) et la meilleure pureté. Ce n’est donc pas simple ! C’est compliqué et cher. On met autant de temps voir plus de temps que la Nature pour produire du diamant. On va mettre 3 ou 4 semaines pour faire 1 carat. Ce qui est dur c’est d’obtenir un diamant assez gros pour pouvoir le tailler et assez beau pour que ça soit exploitable. Aujourd’hui le diamant de laboratoire représente moins de 2% du marché du diamant mondial. Cette année, nous avons produit 2 millions de carat contre 177 millions de carats extrait des mines. Et parmi les 2 millions il n’y a que 10 ou 20 % de beaux diamants. Donc si le prix devait se fixer sur la rareté notre diamant serait bien plus cher ! Mais le luxe c’est tout sauf rare. Les 20 dernières années, on a extrait 3 milliards de carats, même si c’est du brut ça représente 1 carat brut pour deux personnes dans le monde.


Vous vous intéressez aux diamants "made in France" ?


Oui et ils sont rares pour le moment ! Je suis allée vois Alix Gicquel qui chercheuse au CNRS et présidente de la société Diam Concept, toute première manufacture de culture de diamant hébergée dans un laboratoire du CNRS à l'université Paris 13. C’est la seule à exercer cette activité en France. Je suis allée à la voir au tout début du projet en 2017 pour lui faire part de mon envie de vendre des diamants français. Actuellement Alix est en train de lever des fonds pour ouvrir un laboratoire dans le Sud-Ouest dans les prochains mois. Mais nous avons quand même déjà récupéré huit diamants fabriqués en France au CNRS avec lesquels nous avons composé notre collection « Pont des Arts ». Celle-ci rend en hommage à ce pont parisien emblématique et romantique avec ses cadenas d’amoureux.


Vos créations ont-elles une ligne rouge ?


Oui elles comportent toutes un clin d’œil aux deux premières lettres de la marque Courbet donc le C et le O, pour « co » cette notion d’ensemble. Les créations sont donc tout en rondeur. Notre collection « Let’s commit » traduit notre engagement sociétal durable. C’est notre best-seller, l’entrée de gamme de la marque, est un bracelet vendu entre 280 et 490€, composé du C en or recyclé et du 0 en diamant de culture avec un des douze cordons colorés en polyester recyclé pour soutenir douze associations dont la moitié est mobilisée pour les Hommes et l’autre pour la Nature. Au total, 15% de la vente de chaque bracelet est reversé à chaque association.


Comment êtes-vous perçu par les joailliers de la Place Vendôme ?


Au début je pense que l’on était regardé avec dédain. Sauf par une marque de la place qui nous suit depuis le début en ayant même investi dans notre capital à chacune de nos deux levées de fonds (4 millions en 2018 et 10 millions fin 2019). Mais je suis convaincu que toutes ces marques vont y venir parce que l’attente des clients évoluera dans ce sens – l’extraction minière étant un désastre écologique et social – et que les ressources en diamants naturels s’amenuisent. Mais c’est surtout les consommateurs qui vont faire évoluer le marché. Les jeunes générations mettent la barre toujours plus haute. Avant on ne recyclait pas, maintenant je me fais incendier par ma fille de 25 ans lorsque je ne trie pas mes déchets tandis que ma fille de 15 ans se demande comment ne plus produire du tout de déchets.


A part cette marque de la place Vendôme, qui sont vos autres investisseurs ?


Pour la première levée de fonds il s’agissait essentiellement de business angels. Alors que pour la seconde, on retrouve davantage de fonds d’investissement classiques et aussi des investisseurs étrangers.


En parlant d’étrangers… bientôt un développement à l’international ?


Il faut savoir que le diamant de laboratoire est populaire aux États-Unis car c’est eux qui ont inventé la technologie et parce qu’ils sont plus agiles pour se lancer dans de nouveaux marchés. Et puis il y a leur pragmatisme : « c’est écologique et c’est moins cher : alors j’y vais » tandis qu’un Français va se poser plus de questions. Nous visons donc déjà le marché américain.

Quid de vos salariés ?


Nous sommes 17 actuellement et nous seront entre 20 et 25 d’ici la fin de notre année fiscale fin février 2020. Nous avons des vendeurs, des RP, des experts de la communication, de la création et de la logistique.


Quels sont vos objectifs de chiffre d’affaires ?


Nous avons réalisé 450 000€ HT de CA la première année clôturée en février 2019. Nous allons réaliser 3 millions d’euros pour la seconde année et je pense que l’on doublera encore l’année d’après.

Qu’est-ce qu’un leader responsable selon vous?

C'est de faire en sorte que les gens aient envie de venir le matin au bureau !

Votre définition de l’économie responsable ?

C'est une économie qui respecte non seulement l'environnement mais aussi les Hommes. Le jour ou les Hommes seront dans le bilan d'une entreprise dans la colonne "actifs" ça sera déjà quelque chose (pas juste des coûts).

Avez-vous une politique RSE ? Laquelle?

On est une start-up, on a des partis pris forts et disruptifs c'est déjà beaucoup. Le bon sens devrait être la politique principale. Une partie de nos équipes est déjà dans l'actionnariat de Courbet.

#RSE #politiqueRSE #économiepositive #développementdurable