L’après-covid19 : penser la résilience alimentaire des territoires

Mis à jour : mai 7

Par Emilie Kovacs, fondatrice et rédactrice en chef d'EKOPO


La problématique de la souveraineté alimentaire de la France revient à l’ordre du jour tandis que le coronavirus complexifie les approvisionnements. Se pose inévitablement la question de la résilience alimentaire des territoires, garante de la santé publique et de la sécurité nationale. Un sujet porté par la sénatrice Françoise Laborde et le conseiller municipal de Castelnaudary Stéphane Linou.


La sénatrice Françoise Laborde attend la réponse d'Emmanuel Macron. Elle lui a écrit le 25 mars dernier au sujet de "la résilience alimentaire des territoires et la sécurité nationale", ayant déjà fait l'objet d'une proposition de résolution le 12 décembre dernier, mais qui avait été rejetée de peu (à 16 votes près). A l’époque, les réfractaires (néo-libéraux) pointaient du doigt l’enjeu de nourrir les 10 milliards d’êtres humains qui peupleront la planète en 2050 et la question du foncier agricole. Mais le contexte pandémique actuel accentue les problématiques de transports, logistiques et distributions d’aliments, de quoi remettre le sujet sur le tapis.


Cette fois, la sénatrice RDSE de la Haute-Garonne propose de nommer un Conseil national de la résilience alimentaire, composé d’experts chargés de cartographier les ressources et flux alimentaires, et de réfléchir aux moyens de renforcer l’indépendance alimentaire des territoires. Françoise Laborde doit relancer Didier Guillaume à ce sujet prochainement. « Pour l’instant, le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation traite les urgences. Effectivement, la France possède pour l’instant les stocks de nourritures nécessaires pour sa survie. Mais qu’adviendra-t-il en cas de grèves des transports ou de cyberattaques ? » s’interroge la sénatrice qui appelle à une anticipation de la part du gouvernement et un profond changement de modèle. « On ne peut pas retomber dans le monde dans lequel on était. Les Français ne l’accepteraient pas », affirme-t-elle.


Les convictions de la sénatrice s’appuient sur le rapport de Stéphane Linou. Ancien conseiller général de l’Aude, conseiller en développement local et conseiller municipal de Castelnaudary, il a enquêté sur la capacité de la France à faire face à une pénurie alimentaire en interrogeant des secteurs qui se parlent peu : défense, agriculture, sécurité, alimentation, risques, société civile. Il a lui-même été le premier à expérimenter le mode de vie locavore pendant un an de septembre 2008 à septembre 2009. « Depuis que la France a cédé aux énergies faciles – c’est-à-dire fossiles- elle a négligé ses territoires en acceptant d’être sous perfusion alimentaire. Ses flux de marchandises dépendent des transports qui eux-mêmes dépendent du pétrole ! L’équilibre du pays est devenu fragile et superficiel principalement parce que la nourriture vient de loin », s’attriste Stéphane Linou. Lui qui a commencé à former des élus locaux aux enjeux de la résilience alimentaire, il lance aujourd’hui un appel à tous les maires de France pour remédier à ce qu’il considère comme une aberration : les territoires de production ne correspondent plus aux territoires de consommation. « Je leur demande de mettre des terrains à disposition des habitants pour qu’ils puissent cultiver des potagers ».


Il y a tout juste un an, les sénateurs du groupe d’étude « Agriculture et Alimentation » alertaient le gouvernement au fait que la France risquait de voir son excédent agricole se transformer en déficit dès 2023. Le pays – premier producteur agro-alimentaire européen mais sixième exportateur mondial notamment derrière l’Allemagne - importera en effet bientôt plus qu’elle n’exportera, si aucun changement n’est décidé d’ici-là. Aujourd’hui près d’un légume et fruit sur deux consommés en France est importé selon France Agrimer.



Macron déclarait le 12 mars dernier : « Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres, est une folie. ». Justement, l’Europe travaille en ce moment sur la réforme de sa Politique Agricole Commune (PAC) pour dicter les futures actions agricoles européennes jusqu’en 2027. L’occasion de repenser la souveraineté alimentaire de la France et la résilience agricole de chacun de ses territoires.


« Compte tenu notamment de la raréfaction structurelle des stocks mondiaux de pétrole et des tensions géopolitiques impliquant les pays producteurs, l'occurrence du risque de rupture d'approvisionnement alimentaire est probable, avec des conséquences graves et immédiates pour la population. Le plan communal de sauvegarde devra envisager cette hypothèse et proposer des pistes pour la prévenir et y répondre en cas de réalisation du risque », rappelle Stéphane Linou. Suite à la présentation de ses travaux, la commune de Dompierre sur Yon en Vendée a inscrit le Risque de rupture d'approvisionnement alimentaire dans son Plan Communal de Sauvegarde (PCS), au même titre que les autres risques habituellement identifiés, et a rédigé son DICRIM (Document d'Information Communal sur les Risques Majeurs). Un exemple à suivre au même titre que le mouvement d’agriculture urbaine de Détroit aux États-Unis et les mouvements des Incroyables comestibles à Todmorden au Royaume-Uni.