Oxfam publie un rapport sulfureux sur le partage des richesses au sein du CAC40

Par Léon Le Gellec, journaliste

Plusieurs mois avant la crise de la Covid-19, Oxfam France et le BASIC (Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne) ont enquêté sur le partage de richesse au sein des entreprises du CAC40. Dans un rapport baptisé "CAC 40 des profits sans lendemain", les deux organismes dévoilent quelques incohérences de grandes groupes tels que Carrefour, Arcelor Mittal, LVMH et Veolia. Le rapport donne aussi plusieurs pistes concrètes pour bâtir l’entreprise du «monde d’après» : plus juste, plus participative, plus durable.


Une répartition inégale


Le rapport explique comment depuis le lendemain de la crise financière de 2008, la richesse générée par les entreprises du CAC 40 n’a pas été équitablement répartie entre leurs parties prenantes (PDG, salariés, actionnaires, etc) et n’a pas été suffisamment investie dans la transition écologique.


Entre 2009 et 2018, les versements aux actionnaires du CAC 40 ont augmenté de 70%, la rémunération des PDG du CAC 40 de 60%, alors que le salaire moyen au sein de ces entreprises n’a augmenté que de 20% et le SMIC de 12% sur la même période.


Si, en 2018, la part des bénéfices versés aux actionnaires avait été limitée à 80 % [1] pour allouer les sommes économisées à un fond d’entreprise dédié à la transition sociale et écologique, les entreprises du CAC 40 auraient pu dégager en moyenne près de 7 milliards d’euros par an depuis 2009, soit 31% des besoins [2] minimum en investissement dans la transition en 2018. Si cette part avait été limitée à 30% [3], l’argent généré aurait permis de couvrir 98% des besoins [2] en investissement dans la transition des entreprises du CAC 40.


En 2018, l’écart moyen entre la rémunération des PDG du CAC 40 et le salaire moyen était de 107, en augmentation de 30% depuis 2009. En 2018, un dirigeant du CAC40 avait déjà gagné l’équivalent d’un SMIC annuel le 2 janvier. Le 4 janvier, il avait gagné le salaire annuel moyen d’un employé du panel.


Fin 2019, les femmes ne représentaient en moyenne que 20% des équipes dirigeantes du CAC 40, alors qu’elles constituent la moitié des salariés, et 5 entreprises ne comptaient aucune femme dans leurs instances dirigeantes.


La pression des actionnaires majoritaires


Le rapport met en lumière la pression des actionnaires majoritaires sur les choix stratégiques des entreprises du CAC40 qui favorisent un actionnariat déjà aisé et privilégient le court terme.

En 2018, 4 grandes familles possédaient 10% du CAC 40 et 67% des actionnaires individuels français possédaient un portefeuille supérieur à 75 000 euros.


Les salariés ne représentent en moyenne que 12% des administrateurs au sein des conseils d’administration du CAC 40, contre 33% en moyenne en Europe.


En 2018, la part fixe de la rémunération des dirigeants du CAC40 ne représentait plus que 21%, le reste étant en grande partie indexé sur la performance du cours de bourse de l’entreprise.


« Notre étude montre comment depuis 10 ans sous la pression des actionnaires majoritaires, les entreprises du CAC 40 ont choisi de dédier une part de plus en plus forte de la richesse créée à verser des dividendes à leurs actionnaires plutôt qu’à revaloriser les bas salaires et financer la transition écologique à la hauteur des besoins. Dividendes records, écarts de salaires vertigineux, rentabilité à court terme… Le CAC40 est à contre-courant du bon sens économique qui appelle au contraire à bâtir des modèles économiques plus humains, plus justes et plus résilients pour faire face aux prochaines crises », analyse Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France et co-auteur du rapport.


Les préconisations d'Oxfam


Oxfam demande au gouvernement de prendre rapidement des mesures ambitieuses, contraignantes et durables en direction des grandes entreprises, à commencer par :


1- Plafonner la part de bénéfices allant aux actionnaires, pour financer la transition écologique, sociale et climatique.

2- Fixer un écart maximum entre la rémunération la plus élevée et la rémunération moyenne au sein d’une même entreprise du CAC40.

3- Revaloriser les bas salaires, en particulier dans les métiers à prédominance féminine.

4- Rendre obligatoire un plan de transformation pour la transition écologique des entreprises en respect de l’Accord de Paris

5- Renforcer la représentation et les pouvoirs des salariés dans les conseils d’administration.






[1] Le plafonnement des bénéfices allant aux actionnaires à 80% est par ailleurs recommandé comme un critère de bonne gestion par le cabinet Proxinvest qui conseille les actionnaires dans leurs choix de vote aux Assemblées Générales.

[2] Les besoins en investissements sont calculés par Oxfam sur la base des estimations du Climate Disclosure Project

[3] Le plafonnement des bénéfices allant aux actionnaires à 30% des bénéfices fait partie des recommandations de l’impact score du Mouvement des entrepreneurs sociaux, une coalition de 400 000 entreprises.