Développement durable: de l'éducation à l'action


L’école joue un rôle essentiel dans la sensibilisation des enfants au développement durable. Entre ateliers pratiques, expériences du quotidien, analyse critique ou projets ambitieux : à chaque établissement de choisir la solution qui lui convient le mieux.

En cette période de rentrée scolaire, Vincent Garibal, professeur de SVT au collège Elsa Triolet au Mée-sur-Seine (77), prépare son nouvel atelier : transformer le terrain adjacent à l’établissement en potager. Une fois par semaine, à l’heure du déjeuner, une dizaine d’élèves de 6ème pourront ainsi s’initier au jardinage respectueux de la nature et de la biodiversité. Le collège Elsa Triolet défend le développement durable depuis de nombreuses années. «Les projets y sont nombreux et variés : séance d’identification d’escargots, d’insectes pollinisateurs ou de fleurs urbaines, construction d’un hôtel à insectes, intervention en classe d’expert sur les économies d’eau… Et un travail constant autour de la ruche du collège, en partenariat avec un apiculteur», énumère Vincent Garibal. Sans oublier la sensibilisation au développement durable, incluse dans les programmes scolaires.

Un enseignement transversal

En effet, depuis 2015, année de la Cop21, le ministère de l'Education nationale a prévu dans les programmes un module d'éducation au développement durable (EDD). Son objectif ? Permettre «d'appréhender la complexité du monde dans ses dimensions scientifiques, ethniques et civiques», peut-on lire sur le site du ministère. Autrement dit, il s’agit de favoriser une éducation transversale, qui intègre les enjeux du développement durable dans les nouveaux programmes d’enseignement, de la maternelle au lycée. Par exemple, à l’école des Bosquets, dans le Val d’Oise, les élèves ont étudié le thème des déchets dans différentes matières. Le calcul du volume des déchets produits par semaine sert d’introduction à l’arithmétique, les échanges avec des écoles du monde entier sur leur propre gestion des déchets a permis de réviser la géographie, et des œuvres ont été créées à partir d’objets de récupération en arts plastiques.

Un discours adapté à chaque âge

De manière générale, en maternelle et en primaire, l’enseignement au développement durable est davantage basé sur le pratique. Par exemple, les élèves réfléchissent à la quantité d’eau qu’ils utilisent à chaque douche, mais ils n’aborderont pas la question de l’épuisement des ressources, un sujet beaucoup plus complexe. Il faudra attendre le collège et son enseignement basé sur l’analyse et le développement du sens critique pour aborder le développement durable de manière plus complète. Pour David Wilgenbus, responsable de la production de ressources de la fondation La Main à la Pâte, qui accompagne les professeurs dans l’enseignement des matières scientifiques, adapter son discours est essentiel : «avec les enfants jeunes, il faut aborder des thèmes restreints. On sera davantage dans une logique du « local ». Plus l’élève sera âgé, plus le professeur pourra entrer dans une abstraction supérieure, où il évoquera des enjeux internationaux. On part alors du local pour aller vers le global.» Certains organismes proposent même des ressources dédiées aux collégiens : c’est le cas de l’Ademe, à l’origine du site M Ta Terre. Il a pour objectif de les sensibiliser au développement durable et aux comportements à adopter, avec des vidéos, des jeux, des actualités, des infographies, etc. Mais la clé de l’enseignement au développement durable reste l’implication. «Enseigner le développement durable, c’est aussi trouver des solutions, il ne faut pas se contenter de se focaliser sur le problème, ni donner une vision fataliste de la situation aux élèves», commente David Wilgenbus. Cette posture de mise en action se retrouve dans de nombreux établissements.

Les élèves deviennent acteurs

Lors de la dernière Semaine du Développement Durable, des dizaines d’initiatives ont émergé d’une école à l’autre, à travers la France. Mais certains établissements, comme le collège Elsa Triolet, ont choisi d’en faire une bataille au quotidien. «Il y a quatre ans, j’ai proposé le tri et compostage des déchets de cantine, partage Vincent Garibal. Toutes les classes du collège étaient concernées, mais tous les élèves ne jouaient pas le jeu. Puis, d’année en année, je me suis rendu compte que le tri est mieux fait et qu’il y a moins d’erreurs : les élèves se sont habitués à cette pratique. Mieux, ils l’ont partagée les uns avec les autres, ils l’ont diffusée entre eux, pour qu’elle devienne, au final, une habitude comme une autre.» Le collège Elsa Triolet a d’ailleurs obtenu le label éco-école, au même titre que 2 200 autres établissements en France. Créé par l’association Terargir, ce label est accordé aux écoles, collèges et lycées qui entreprennent une démarche collective de développement durable. Mais pour conserver un tel label, les efforts doivent être constants. «Si ce n’est pas le cas, tout le travail retombe comme un soufflé», regrette Vincent Garibal.

Travailler en réseau pour des projets plus forts

Pour aider les écoles à ne pas rester isolées et à déployer des projets forts, l’ONG Ashoka a choisi de mettre en avant les écoles les plus vertueuses en matière de développement durable. Elle les a regroupées dans un réseau : Ashoka changemaker school. Environ 300 établissements à travers 30 pays ont ainsi été réunis en cinq ans, année de création du réseau. «Connecter les établissements scolaires entre eux permet l’échange de bonnes pratiques, voire crée de l’émulation. Quand une école voit que sa voisine a créé un beau projet, elle a envie de faire encore mieux. L’un des enjeux aujourd’hui est de libérer le potentiel d’innovation des éducateurs. Il est tout à fait possible d’aller très loin, même dans les écoles traditionnelles», assure Thomas Blettery, responsable du programme éducation d’Ashoka. Ce sont les équipes pédagogiques qui créent les conditions pour que les élèves prennent des initiatives, l’objectif final étant de les responsabiliser. En faisant le lien entre ce qu’ils apprennent à l’école et ce qu’ils peuvent faire au quotidien, leur comportement change. Ils prennent conscience de leur capacité à avoir un impact positif sur le monde qui les entoure.

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