Au Québec, des jardins scolaires communautaires pour lutter contre les changements climatiques

Par Blane Harvey, assistant professor, Department of Integrated Studies in Education, McGill University, McGill University, Emily Diane Sprowls, phD Student, Faculty of Education, McGill University et Ying-Syuan (Elaine) Huang, associate research scientist, Faculty of Education, McGill University


La jeunesse du monde entier s’est mobilisée en 2019, qui est ainsi devenue l’année de la grève pour le climat. Environ six millions de personnes ont quitté leurs salles de classe et leurs lieux de travail fin septembre dans le cadre d’une semaine de grèves et de manifestations visant à sommer les gouvernements du monde entier de répondre à l’urgence écologique.

À Montréal, la manifestation pour le climat a rassemblé une foule record en septembre. La frustration de la population devant l’inaction des dirigeants et des entreprises pour remédier à la crise climatique est évidente. Mais que peut-on faire de plus si on souhaite « perturber le système », comme le propose Greta Thunberg ?

Cette nécessité de perturber et de réinventer notre société est au cœur de notre travail sur l’éducation et les changements climatiques à la faculté des Sciences de l’éducation de l’Université McGill. C’est dans cet objectif que nous avons développé une approche de partenariat avec la collectivité pour concevoir et entretenir des jardins scolaires communautaires. Grâce à ce projet et à d’autres du même genre, nous espérons transformer le système d’éducation du Québec afin de mieux préparer les élèves (et nous-mêmes) à un monde incertain et en évolution rapide.


Ruches et jardin à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université McGill. Blane Harvey, Author provided


Apprendre en collaborant

Les partisans de ce qu’on appelle le « leadership des systèmes » affirment que les dirigeants doivent aider les gens de différents systèmes à collaborer pour relever des défis complexes comme les changements climatiques. Ils soulignent l’importance d’une écoute attentive et de réels efforts pour voir avec le regard des autres, ce qui encourage l’ouverture nécessaire pour permettre l’émergence de nouvelles voies.

On doit entreprendre une transformation fondamentale pour faire face aux effets imminents des changements climatiques. Pour y arriver, on ne peut se fier uniquement à l’éducation, à la recherche ou aux politiques gouvernementales.

On a plutôt besoin de stratégies pour canaliser notre sagesse collective et apprendre en unissant différents milieux et disciplines. La collaboration entre le secteur privé, le grand public et les chercheurs est essentielle.

Malheureusement, beaucoup de nos établissements restent cloisonnés, hiérarchisés et donc mal équipés pour faire preuve de la collaboration et de la flexibilité nécessaires pour engendrer un changement collectif. Que faire alors ? En nous basant sur des recherches et des expérimentations récentes, nous voyons deux voies étroitement liées qui nous permettront d’aller de l’avant.


À l’école primaire Cedar Street de Belœil, en banlieue de Montréal, des élèves de maternelle et de 4ᵉ année ont travaillé ensemble pour planter des graines afin de faire pousser des aliments qui seront partagés avec la collectivité. Shutterstock


Se concentrer sur les bons coups

On compare souvent les grands défis systémiques tels que les changements climatiques à des icebergs, dont la taille est impressionnante et dont on n’a qu’une image partielle. En nous concentrant sur des objectifs petits et tangibles, ou sur des bons coups, il devient possible de cultiver les relations, les méthodes de travail et les connaissances qui permettront de relever des défis plus importants.

Les jardins scolaires offrent une occasion d’impliquer les élèves dans un apprentissage expérimental sur leur environnement, la production d’aliments et les changements climatiques. De nombreux enseignants, tout comme leurs élèves, souhaitent introduire dans leurs classes des outils et des thèmes liés au développement durable et aux changements climatiques. Mais ils sont limités par un manque de soutien financier et administratif, un manque de préparation et d’informations sur la façon dont ils peuvent intégrer leurs efforts dans les exigences hautement standardisées du programme scolaire.

Par conséquent, ces projets sont souvent considérés comme des activités parascolaires ou facultatives et sont menés par un petit nombre d’éducateurs qui le font par conviction (et en y investissant de leur temps et de leur argent).

L’Institut des jardins scolaires communautaires

Nous élaborons, en collaboration avec LEARN Québec, un Institut des jardins scolaires communautaires. Des enseignants, des éducateurs spécialisés, des chercheurs, des organismes sans but lucratif et des entreprises de partout à Montréal s’y rassemblent pour partager leurs connaissances et leurs ressources sur la façon de concevoir et d’entretenir un jardin.


(Ci-contre des participants à l’Institut des jardins scolaires communautaires se rencontrent pour partager leurs connaissances.Blane Harvey » zoomable=, Author provided)


Les participants au projet souhaitent agrandir et améliorer leurs jardins, développer des partenariats et approfondir leurs connaissances sur l’utilisation des jardins dans l’apprentissage et l’enseignement. Ils veulent également entrer en contact avec des personnes ayant des intérêts communs.

Ces rencontres permettent l’apprentissage mutuel et la collaboration. Les participants examinent les différents aspects dont il faut tenir compte pour assurer le succès des jardins scolaires communautaires : collectes de fonds, engagement communautaire, plantation et entretien du jardin, planification des cours, élaboration du programme scolaire et ainsi de suite.

Résolution de problèmes entre pairs

Nous échangeons des exemples de projets qui se passent bien. Lors des séances de résolution de problèmes entre pairs, les participants, issus de milieux très différents, partagent leurs connaissances pour relever les défis du monde réel. Nous organisons ces événements à l’Université McGill en utilisant les jardins du campus comme espaces collectifs d’échange de connaissances et d’innovation.

Ces collaborations ont permis aux participants de mieux comprendre les réalités auxquelles sont confrontés les concepteurs de jardins. Elles ont également fait naître un désir d’accroître l’échange d’idées.

Nous avons abordé des défis stratégiques comme le financement, l’implication de nouveaux enseignants et de partenaires de la collectivité, ainsi que des questions pratiques comme la construction de potagers surélevés. Les rôles des participants évoluent d’un moment à l’autre, leur permettant de passer d’expert chevronné à apprenti.

Les universités pour l’innovation

Comme l’illustre le cas de notre institut de jardinage, les universités canadiennes disposent des réseaux, de la confiance du public, des infrastructures et du pouvoir de rassemblement nécessaires pour faciliter le partage des connaissances et mobiliser l’action collective.


(Ci-contre des participants de l’Institut des jardins scolaires communautaires plantent des gousses d’ail à l’Université McGill avant l’hiver.Blane Harvey » zoomable=, Author provided)


Notre travail vise à promouvoir un modèle où les universités servent de lieux de rencontre où se rassemblent diverses sources de connaissances et d’expériences pour stimuler l’action collective – elles deviennent ainsi des « promotrices de l’innovation ».

Les promoteurs en innovation créent et influencent les conditions pour faciliter l’apprentissage mutuel et l’innovation. Ils s’efforcent de mettre en relation des partenaires aux idées semblables, de soutenir une réflexion originale et d’encourager l’apprentissage mutuel et l’échange de connaissances entre des personnes qui, autrement, n’auraient pas eu la possibilité de collaborer.

Revoir le fonctionnement des universités

Cependant, pour que les universités jouent un rôle important dans la promotion de projets novateurs, nous devons repenser leur fonctionnement. Les universités devront cesser de se percevoir comme les principaux architectes de l’innovation et permettre plutôt la rencontre de connaissances diverses.

Les décideurs politiques, administrateurs et chercheurs devront s’attaquer à ce qui empêche une recherche diversifiée, interdisciplinaire et engagée. Ces obstacles font partie intégrante du fonctionnement des universités pour ce qui est du recrutement, du financement et du soutien de leurs équipes. Ainsi, de nombreuses universités ont encore tendance à déprécier la participation à des projets menés par des partenaires communautaires. Et dans certains domaines, on accorde une plus grande valeur aux recherches menées par un seul auteur qu’aux publications rédigées en collaboration. Pour mener à bien tous ces changements, il est important de former les futurs chercheurs de manière à ce qu’ils découvrent de nouvelles façons de concevoir le rôle de la science et de l’université dans la société.

Les germes du changement qu’on perçoit dans de petits projets nous permettent d’imaginer la forme que pourraient prendre les systèmes futurs, mais encore faut-il transformer les relations, les valeurs et les mesures qui définissent le succès dans le monde universitaire. Il reste beaucoup à faire pour que les universités, les écoles et les collectivités travaillent ensemble à la création d’un avenir durable.

Les auteurs tiennent à remercier le partenaire communautaire Ben Loomer de LEARN pour les importantes contributions qu’il a apportées aux initiatives décrites dans cet article.

Article publié en partenariat avec The Conversation.