Les Français consomment plus de produits responsables et issus du commerce équitable

Mis à jour : mai 7

Par Emilie Kovacs, fondatrice et rédactrice en chef d'EKOPO



La viande, le sucre et le thé pâtissent le plus du confinement, mais les produits importés du Sud restent largement consommés (chocolat, café, banane, riz): c'est le résultat d'une étude menée par OpinionWay pour Fairtraide/Max Havelaar. L'ONG spécialisée dans le commerce équitable (+22% des ventes en 2019) ne semble pas pâtir de la crise du Covid-19.



La majorité des Français consomme plus ou autant qu'avant trois produits phares de la filière équitable parmi le chocolat (88% des Français), le café (89%), la banane (82%) et le thé (80%), selon un récent sondage* mené par OpinionWay pour Fairtraide/Max Havelaar.


« La préférence responsable et équitable des Français se maintient bien dans la crise, c'est une bonne nouvelle. Nos produits phares que sont le café, la banane, le cacao ne subissent aucune désaffection. Nous avons, comme en 2018, connu une croissance exceptionnelle du marché du commerce équitable l'an passé, on pouvait craindre que cette dynamique soit stoppée par la crise, il n'en est rien semble-il », explique Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar.


Cependant, l'étude révèle des disparités parmi les produits équitables : si le chocolat est plébiscité, la banane connait une préférence stable. En confinement, les Français disent consommer plus : de légumes (+16%), de chocolat (+16%), de café (+12%), de lait (+12%), de pâtes (+12%), de bananes (+11% en achètent plus, mais 16% en achètent moins qu'avant), de riz (+9%).


Fait notable tandis que la consommation de viande n'a jamais été autant décriée : près d'un quart des Français achètent moins de viande qu'avant (23%). Par ailleurs 12% d'entre eux achètent moins de sucre.



Plus de produits responsables


Ce confinement inédit constitue une réelle occasion de repenser certaines habitudes d'achat. Les 2/3 des Français se tournent vers les produits responsables à l'occasion du confinement. Les Français sont désormais nombreux à privilégier :

  • des produits locaux ou de leur région (45%)

  • des produits made in France (39%),

  • des produits bio (29%) avec des nuances selon les catégories

  • des produits sans emballages ou avec des emballages limités (15%),

  • des produits à la fois bio et commerce équitable (14%)

  • ou simplement issus du commerce équitable (10%).


Et si les produits bio restent plus cités par les Français appartenant aux classes sociales supérieures (31%), ils le sont désormais aussi par les Français appartenant aux catégories populaires (20%), qui se montrent aussi plus attentifs à acheter des produits limitant les emballages (18%).


Seuls 28% considèrent que cette crise est «un événement qui n'a rien à voir avec la façon dont nous produisons et consommons». Sont particulièrement convaincus de la nécessité de repenser nos modes de consommation pour les rendre plus responsables : les femmes (74%), les 18-24 ans (73%), les 50-64 ans (73%), et les habitants de communes rurales (74%).



Soutien aux agriculteurs


Les Français sont soucieux du sort des agriculteurs et regrettent qu'ils ne soient pas davantage soutenus pendant cette crise sanitaire : si deux tiers d'entre eux estiment que les agriculteurs sont suffisamment soutenus par les Français, ils pensent aussi qu'ils ne sont pas suffisamment valorisés ni rémunérés. En revanche, la plupart affirme que les distributeurs et les pouvoirs publics ne soutiennent pas assez les agriculteurs.

« En France comme ailleurs, on fragilise l'agriculture familiale, c'est absurde et suicidaire. Combat de notre label depuis 30 ans, le juste prix aux agriculteurs et producteurs est la première motivation des Français pour consommer responsable. Ces derniers ne créditent pas les Etats Généraux de l'Alimentation ni la loi EGALIM pour avoir changé la donne en la matière. Les conditions commerciales et sociales sont pires dans les pays pauvres où poussent notre café, nos fruits exotiques ou encore notre cacao », poursuit Blaise Desbordes.


Les Français se montrent pleins de bonnes intentions pour l'après crise, puisque plus de 80% d'entre eux privilégieront une consommation responsable après le confinement, avec une attention particulière concernant les achats alimentaires qui permettent une juste rémunération des agriculteurs, ceux qui respectent les conditions de travail dignes pour les travailleurs agricoles, ceux qui apportent une meilleure qualité nutritionnelle et respectueux de l'environnement.



Presque 100% local



Désireux que des leçons soient tirées de cette crise et prêts à modifier certaines de leurs habitudes, une majorité de Français souhaiterait basculer dans un monde où la consommation alimentaire deviendrait 100% locale. Pourtant, ces derniers ne s'imaginent pas de passer de riz (75%), de chocolat (73%), de café (66%), d'épices (60%), de bananes (55%), de thé (51%) et de quinoa (33%).


«La contradiction entre le local, paré de toutes les vertus par la moitié des Français pour l'après pandémie, et l'attachement à certaines denrées importées n'est qu'apparente. La valeur qui domine est la volonté de privilégier une agriculture à taille humaine, proche, territorialisée. Les Français veulent soutenir les producteurs fragilisés par une mondialisation débridée. Dès lors que des produits favoris comme le café et le chocolat ne peuvent être cultivés en France, pourquoi y renoncer? Le prix du café revient à 80% aux entreprises françaises, et son transport ne pèse que pour 10% de son bilan carbone... L'enjeu est plutôt de garantir un prix juste et de bonnes conditions même loin de nos yeux. L'équitable doit servir de barrière anti-pauvreté en France comme ailleurs dans un monde largement interdépendant », affirme le directeur de l'ONG "qui défend d'une certaine manière un développement local lointain".



* Méthodologie du sondage OpinionWay réalisé pour Fairtrade/Max Havellar : cette étude a été réalisée auprès d'un échantillon de 1092 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. L'échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d'âge, de catégorie socio-professionnelle, de taille de commune et de région de résidence. L'échantillon a été interrogé par questionnaire auto-administré en ligne sur système CAWI (Computer Assisted Web Interview) les 14 et 15 avril 2020.