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Frédéric Dufour : 10 ans d'engagements RSE à la tête de Ruinart

Publié par le | Mis à jour le
Frédéric Dufour, président de Ruinart, en train de planter un arbre dans le cadre du projet pilote de Vitiforesterie, le 15 mars 2021 à Taissy.
Frédéric Dufour, président de Ruinart, en train de planter un arbre dans le cadre du projet pilote de Vitiforesterie, le 15 mars 2021 à Taissy.

Le président de la plus ancienne maison de champagne, propriété du groupe LVMH, fêtera en novembre ses dix ans de gouvernance orientée développement durable. Interview.

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C'est dans les vignes que nous retrouvons Frédéric Dufour, président de Ruinart, la plus ancienne maison de champagne datant de 1729. Ce 15 mars 2021, cette filiale du groupe LVMH organise un projet pilote de vitiforesterie -les techniques d'agroforesterie appliquées à la vigne- avec Reforest'Action, entreprise certifiée B Corp dont la mission est de préserver, restaurer et créer des forêts en France et dans le monde. Objectif : restaurer la biodiversité, l'harmonie paysagère et la naturalité du vignoble champenois avec sa fragmentation et ses haies, tel qu'il pouvait exister il y a trois générations. L'occasion de faire un tour d'horizon des engagements RSE de ce chef d'entreprise dont les objectifs doivent rimer avec "beaux, bons et biens".

EKOPO : Cette opération symbolise-t-elle l'engagement environnemental de Ruinart ?

Frédéric Dufour : Absolument ! Entre 2021 et 2022, plus de 14 000 arbres et arbustes seront plantés, répartis en 4,4 km de haies et 800 m2 d'îlots. Les essences de bois locaux ont été privilégiées pour améliorer fortement la biodiversité et offrir des habitats à la faune utile à la culture de la vigne (coccinelles, chrysopes, oiseaux, chauve-souris). On peut citer le charme, l'aubépine, le cornouiller, le viorne, le saule marsault, le sorbier, le fusain, l'hêtre, le tilleul. Pour promouvoir la biodiversité et lutter contre le réchauffement climatique, ce projet est l'une des solutions les plus accessibles et efficaces.

EKOPO : Depuis quand la Maison Ruinart est-elle engagée en faveur du développement durable ?

Frédéric Dufour : Depuis toujours ! Tout commence dans les vignes. Cela fait des années que les oenologues observent les conséquences du réchauffement climatique. Le champagne a augmenté de +1,1° depuis ces 30 dernières années et les vendanges ont lieu de plus en plus tôt, de début octobre dans les années 60 à fin août dans les années 2000. Ces faits nous obligent à adapter nos métiers depuis la vigne jusqu'à la vente de nos bouteilles.

EKOPO : Et vous, depuis quand êtes-vous sensible aux enjeux écologiques planétaires ?

Frédéric Dufour : J'ai vraiment eu un déclic avec le projet d'avion solaire de Solar Impulse. Je me suis dit que le développement durable était une opportunité d'innovation business formidablement stimulante. Et puis mes deux enfants de 18 et 25 ans, sensibles à ces sujets, me rappellent aussi chaque jour combien nous avons chacun une responsabilité envers la génération future. Enfin, le livre de Bill Gates paru en février dernier, "Climat : comment éviter un désastre" chez Flammarion, m'a interpellé dès les premières pages en expliquant que notre défi est de passer de 51 milliards de tonnes de gaz à effet de serre à zéro.

EKOPO : Quelles actions à impact environnemental avez-vous mis en place chez Ruinart depuis votre arrivée en 2011 ?

Frédéric Dufour : En 2012, nous avons travaillé sur l'éco-conception de tous nos produits, en intégrant des indicateurs de durabilité. Quelques années plus tard, des nouveaux packagings ont vu le jour, afin de réduire considérablement leurs impacts négatifs sur l'environnement, sachant que c'est notre deuxième source polluante après le verre de nos bouteilles. En 2020, nous avons sorti notre étui "seconde peau", neuf fois plus léger que son prédécesseur, sans plastique, ni colle, fabriqué à partir de fibres naturelles de bois provenant de forêts européennes éco-gérées et en puisant l'eau avoisinante avant de la restituer à 91% sans l'altérer. Il a été élaboré dans la continuité de la politique zéro avion de la Maison -en vigueur depuis 2015-, ce qui permet de réduire de 60% son impact carbone selon la méthode BEE (Bilan Environnemental des Emballages) de l'ADEME. Concernant la livraison par camions - qui représente 50% de notre CA-, nous travaillons en France depuis 2015 avec l'entreprise Labatut pour tendre vers la sobriété carbone. Actuellement, 55% de notre flotte de camions français roule à l'électricité ou au biogaz. Notre défi cette année est d'harmoniser nos livraisons routières avec nos prestataires internationaux pour améliorer notre empreinte carbone. Notre enjeu pour les deux ans à venir est que notre logistique soit la plus propre possible. Concernant notre première source d'émission de CO2 issue du verre, nous encourageons nos fournisseurs verriers à opter pour de l'énergie renouvelable et nos équipes de R&D cherchent à réduire le volume de verre par bouteille.

EKOPO : Quid de vos engagement sociaux ?

Frédéric Dufour : Nous comptons une centaine de collaborateurs en France au sein de Ruinart. La sécurité et le bien-être au travail ont toujours été prioritaires dans la Maison et nous sommes désormais certifiés au plus haut niveau pour les garantir. Nous organisons chaque année en juin un grand pique-nique avec l'ensemble de nos collaborateurs. L'année dernière, tout le monde a été invité à participer aux vendanges de la Maison pendant une semaine à Taissy, sur la montagne rémoise. Un moment très sympathique ! Nous soutenons chaque salarié dans sa volonté de se former aux différents métiers de Ruinart. En ce moment par exemple, trois personnes (un sommelier, une oenologue et une personne de l'accueil) passent leur brevet de taille. Par ailleurs, 85% des collaborateurs sont des femmes (hors production), même si le comité de direction ne compte que deux femmes sur huit : nous avons encore des progrès à faire.

EKOPO : Concernant vos impacts sociétaux, vous avez opté pour un soutien significatif de l'art ?

Frédéric Dufour : Il y a deux champagnes : celui de la célébration et celui de l'art de vivre. Nous sommes dans le second cas. Nous nous voyons comme un agent culturel. Mais attention, Ruinart n'est pas une marque ostentatoire, ce qui me parle particulièrement en tant que Lyonnais d'origine ! Pour nous, il n'y a rien de mieux que l'art pour promouvoir nos valeurs. Il nous permet aussi d'innover et de nous pousser dans nos retranchements. Il nous sert de marketing interne et aussi d'influenceur ! L'art est d'ailleurs devenu notre premier investissement en marketing et communication, ce qui a fortement été augmenté depuis 10 ans où il ne représentait qu'un tiers de notre budget com'. Après le design, nous sommes désormais exclusivement tournés vers l'art contemporain, avec des commandes annuelles en "carte blanche" à des artistes comme David Shrigley, Vik Muniz, Liu Bolin, Jaume Plensa pour les dernières années. Nous arpentons les foires du monde entier, soutenons les créations d'oeuvres d'art porteuses, des jeunes photographes, organisons des évènements éphémères comme Food For Art avec des chefs gastronomiques. Nous organisons également chaque année une vente aux enchères interne au profit d'associations champenoises comme les Compagnons du Devoir. La crise de la Covid-19 a par ailleurs mobilisé nos équipes dans le soutien du personnel hospitalier rémois avec la livraison de repas avec le chef triplement étoilé Arnaud Donckele et de bouteilles de champagne. Autre exemple, nous sommes partenaires de To Good to Go qui lutte contre le gaspillage alimentaire.







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