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[DOSSIER] Comment tendre vers la sobriété carbone ?

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[DOSSIER] Comment tendre vers la sobriété carbone ?
© Copyright Karl Dolenc, Beholdingeye.com

Lutter contre le réchauffement climatique tout en répondant aux attentes de ses clients : c'est la magie d'une démarche bas carbone. Mais si les dirigeants d'entreprise sont intéressés par le sujet, ils ne savent pas comment s'y prendre. Petit guide pour une sobriété carbone optimale.

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" Notre modèle de développement est basé sur l'énergie fossile. Or, cette dernière induit le changement climatique et va devenir difficile d'accès. Pour continuer à exister, les entreprises vont devoir produire de manière plus durable ", déclare Alexandre Florentin, manager chez Carbone 4, cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie bas carbone. La sobriété carbone devient donc incontournable pour les entreprises : il en va de leur survie.

D'autant plus que c'est une attente de la société : collaborateurs, candidats, clients et même investisseurs demandent des comptes aux entreprises à ce sujet. Notons aussi qu'une stratégie bas carbone peut être l'occasion de se renouveler, de se positionner sur de nouveaux marchés. Entre risques et opportunités, il est urgent de s'engager dans une démarche bas carbone.

La boussole du bilan carbone

Première étape : établir un bilan carbone. " La question de la mesure est importante pour connaître son point de départ. Or, peu d'entreprises réalisent un bilan carbone et encore moins incluant les trois scopes, c'est-à-dire les émissions directes, les émissions indirectes et les émissions ayant lieu en amont ou en aval de la chaîne de valeur ", se désole Edwige Rey, associée et responsable RSE et développement durable chez Mazars. Denjean et Associés, qui a réalisé son premier diagnostic en mars 2021 avec Cap Gemini, a bien compris l'importance de l'exhaustivité d'un bilan carbone et a inclus transports, hôtels, énergie, IT, matériel informatique, investissements financiers, consommation de papier et déchets.

Chez Juratoys (qui regroupe les marques Janod, Kaloo et Lilliputiens) un premier bilan carbone a été réalisé en mars 2020 avec Sustainable Metrics. " Mesurer nos émissions nous semblait clé pour avoir une perception plus claire de l'impact de telle ou telle action ", explique Stéphanie Barthoulot, responsable communication et RSE de la société. En effet, un bilan carbone permet d'identifier où agir en priorité. " On comprend mieux où se situent les enjeux et on se lance dans des démarches plus efficaces ", ajoute Jean-Baptiste Cottenceau, directeur général du cabinet de conseil en stratégie carbone Sustainable Metrics.

Pour Eric Duverger, à l'origine de la Convention des entreprises pour le climat, qui aura lieu cet été, un bilan carbone peut agir comme une boussole auprès des équipes : " Cela donne de la motivation d'avoir des objectifs chiffrés que l'on suit régulièrement ". Autre élément de motivation fort : la formation. " La formation permet de jouer sur l'émotion afin de mettre les gens en mouvement ", souligne Alexandre Florentin. Celle-ci peut être ludique, utilisant des jeux comme la Fresque du climat. Chez Denjean et Associé, ce sont des vidéos pédagogiques assorties d'un jeu-concours qui ont permis d'expliquer aux collaborateurs la pertinence d'établir un diagnostic carbone.

Embarquer ses parties prenantes

Deuxième étape : la mise en oeuvre d'actions de réduction des émissions. " On peut mettre en place dans un premier temps des solutions qui n'obligent pas à revoir son business model en profondeur ", invite Edwige Rey, citant la consommation énergétique et les transports. Chez Juratoys, un des axes de travail est d'ailleurs le transport. " Les containers sont remontés de la mer via des barges et non plus avec des camions ", rapporte Stéphanie Barthoulot. Ce travail peut être mené à l'aide d'outils innovants : citons le logiciel de The Treep qui permet de programmer des voyages d'affaire en prenant en compte trois dimensions : ce que le voyage coûte en temps, en argent et en carbone. " Bien souvent, le train se positionne mieux que l'avion sur les trois sujets ", explique Laurent La Rocca, CEO de The Treep. Il rapporte que des entreprises ont ainsi réduit de 20% leur empreinte carbone, sans efforts.

Jean-Baptiste Cottenceau recommande quant à lui de s'appuyer sur les aides financières du gouvernement, comme " Tremplin pour la transition écologique des PME ". " Cela consiste en une liste d'actions qui donnent droit à des subventions : réalisation d'un bilan d'émissions de gaz à effet de serre, mise en place d'éclairages LED, isolation des murs par l'intérieur ou l'extérieur, achat d'un vélo cargo à usage professionnel... Ce sont des actions pratiques qui peuvent avoir un impact positif ".

Dans un second temps, il est nécessaire de s'attaquer au coeur de métier de l'entreprise. Juratoys, par exemple, souhaite se pencher sur la partie production, notamment textile. Mais la responsable RSE reconnaît que c'est un travail de longue haleine. " Travailler sur les émissions liées plus largement au business model c'est s'intéresser aux procédés de fabrication des produits, à leur recyclabilité, à leur conception, leur cycle de vie, aux approvisionnements... C'est plus compliqué à mettre en oeuvre ", pointe Edwige Rey qui ajoute qu'il faut en dégager le ROI pour trouver ensuite des moyens de financement.

Ces actions plus structurelles nécessitent souvent d'embarquer ses parties prenantes. Olivier de la Chevasnerie, président du Réseau Entreprendre, conseille de travailler avec ses fournisseurs sur la provenance de leurs produits. Chez Denjean et Associés, il va être proposé aux clients de limiter l'impact carbone des missions via davantage de déplacements en train, moins de plastique lors des déjeuners, ou encore moins de pièces-jointes volumineuses dans les e-mails.

Et la compensation ? Elle doit venir à la fin, une fois toutes les démarches de réduction mises en place, afin de compenser les émissions résiduelles. Comme le rappelle Jean-Baptiste Cottenceau, " la compensation a un coût qui peut être non négligeable pour une petite structure. Il vaut mieux bien réfléchir à sa façon de produire que de planter des arbres ". Cela sera plus efficace, plus innovant, et plus positif vis à vis d'un public de moins en moins dupe.


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