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"La filière du reconditionné devrait être une affaire nationale"

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'La filière du reconditionné devrait être une affaire nationale'

Après la plainte de l'UFC-Que Choisir à l'encontre de Back Market, en juin dernier, Eric Cordon, cofondateur et CEO du site Quelbonplan, se demande comment la filière du reconditionné et les acteurs de l'économie circulaire peuvent gagner la confiance des consommateurs, encore bien souvent tentés par l'achat de biens neufs.

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Note de la rédaction : Le 15 juin dernier, on a appris que UFC-Que choisir avait déposé plainte contre la société Back Market devant le Tribunal judiciaire de Paris pour "pratiques commerciales trompeuses". L'association indique que, « si l'économie circulaire doit être encouragée, encore faut-il que celle-ci respecte les droits fondamentaux des consommateurs » (pour en savoir plus). Le lendemain, Back Market a réagi et a tenté sur son site "d'exposer de la manière la plus claire possible ce qui (leur) est reproché et d'y confronter en toute transparence notre point de vue". Cette actualité a interpellé Eric Cordon : le cofondateur et CEO de la marketplace Quelbonplan a proposé à Ekopo cette tribune libre, que la rédaction publie en ce jour. Le texte n'a pas été modifié, les intertitres sont de l'équipe d'Ekopo. Le chapeau et le titre également.

La tribune

La plainte de l'UFC-Que Choisir contre Back Market a sonné comme un coup de tonnerre dans le landerneau du reconditionné. Alors que l'économie circulaire est une activité récente en pleine structuration, cette plainte peut permettre au secteur de différencier le bon grain de l'ivraie en mettant en avant les acteurs responsables et dignes de confiance.

Les acteurs de l'économie circulaire doivent accélérer pour répondre à une demande de plus en plus forte de consommateurs qui placent l'éthique et la conscience environnementale au coeur de leurs critères de choix. En jetant un pavé dans la mare, l'UFC-Que Choisir somme les e-commerçants d'adapter leurs pratiques pour renforcer la confiance envers les produits reconditionnés et leurs distributeurs.

Si la rentabilité est un impératif pour toute entreprise, les acteurs du reconditionné doivent plus encore que d'autres acteurs économiques rechercher une croissance durable. Être un acteur de l'économie circulaire impose d'agir de manière responsable pour éviter de reproduire les erreurs commises par d'autres pionniers par le passé.

La préférence du neuf

Que reproche l'UFC-Que Choisir à Back Market précisément ? La plainte évoque une tromperie sur le consommateur. Les prix barrés traditionnellement utilisés pour des promotions se référeraient abusivement à la valeur du neuf. Des frais de service s'inviteraient au dernier moment pour gonfler le panier. L'association a des doutes sur le respect du traitement des données personnelles. Ces pratiques, telles que décrites, ne sont pas le fait unique de Back Market, elles sont répandues dans la vente en ligne, et nombre de sites pourraient être montrés du doigt.

Une récente étude indiquait que 81 % des Français déclarent préférer acheter un smartphone neuf en 2022, tandis que 14 % d'entre eux se tourneraient volontiers vers le reconditionné pour leur prochain achat (à lire sur emarketing.fr). Pourtant, seuls 37 % d'entre eux ont déjà acheté un smartphone d'occasion.

Ces données nous révèlent que la confiance est loin d'être gagnée, et que notre secteur doit donner des gages à ses futurs clients : ce marché en devenir doit rapidement sécuriser ses fondations.


Le reconditionné doit être digne de confiance

En prenant en compte l'alerte donnée par l'UFC-Que Choisir, il est possible d'éviter une situation identique à celle que le secteur des télécoms a traversée en 2001. L'éclatement de la bulle internet et la crise qui a suivi n'ont été que la sanction d'une perte de confiance, après des abus en matière de pratiques commerciales et de valorisations excessives. L'économie circulaire est un secteur d'avenir dans un monde qui souhaite s'engager vers une économie plus responsable. Elle est vue comme un eldorado, mais ne doit pas devenir un Far West est sous peine de faillir à sa promesse de permettre un futur durable.

Outre la question du prix, rappelons ce principe essentiel : un consommateur préférera toujours le meilleur service. Le reconditionné doit inspirer autant de confiance que le neuf. Les distributeurs doivent donc garantir la clarté des prix, la traçabilité des produits et s'inscrire dans un modèle économique vertueux.

Renforcer la souveraineté de l'économie

Pour durer, la filière du reconditionné doit s'intégrer dans une logique gagnant-gagnant. La confiance doit être le liant entre toutes les parties prenantes concernées : le reconditionneur, le vendeur, le consommateur. Elle doit se cultiver à chaque étape du processus industriel et commercial, et dans l'ensemble des pratiques. C'est à ce prix que nous pourrons convertir des consommateurs encore hésitants à acheter reconditionné.

C'est en privilégiant l'éthique, la transparence, la proximité avec les reconditionneurs comme avec les consommateurs que le secteur pourra se développer. C'est à cette condition qu'il pourra contribuer de manière substantielle à l'économie française, en favorisant l'industrie, la relocalisation et les services de proximité. C'est ainsi que nous pourrons créer de la valeur ajoutée, des emplois et participer à renforcer la souveraineté de l'économie. La filière du reconditionné devrait d'abord être une affaire nationale, un nouveau fleuron au pays de la FrenchTech. C'est en se posant dès à présent les bonnes questions que nous pourrons poser les bases de la durabilité du reconditionné français. C'est en construisant de nouvelles façons de vendre que nous pourrons accélérer l'adoption de nouvelles façons de consommer.


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