Climat : le nouveau challenge de la finance


Comment l'écosystème financier peut-il limiter les effets indésirables du dérèglement climatique ? Réponse le 12 décembre à Paris durant le One Summit Planet qui réunira des acteurs internationaux pour faire le point sur les financements publics et privés du climat.

Le 12 décembre à Paris se tiendra le très attendu Sommet du Climat ou One Summit Planet, organisé par la France, l'ONU et la Banque mondiale. L'occasion de faire enfin entrer l’Accord de Paris dans l’économie réelle. Rappelons que la problématique du financement de la lutte contre le changement climatique est centrale depuis la Cop 21. Concrètement, les pays riches doivent soutenir financièrement les pays pauvres, qui ne disposent pas des mêmes ressources tandis qu'elles sont les premières victimes du réchauffement planétaire. Les promesses de financement avaient déjà été abordées en 2009, lors de la conférence de Copenhague. Les pays riches s'étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an dès 2020, pour répondre aux besoins des pays en développement. Alors, où en est cette promesse ?

Le Fond Vert pour le Climat au centre des débats

Pour récolter ces fonds, les états comptent sur les investissements privés et publics, une partie devant transiter par le Fonds Vert pour le Climat (FCV), un organisme financier créé par l’ONU. Mais le FCV est-il pour autant un mécanisme sauveur ? Pas vraiment. Certes, à travers des subventions ciblées, des prêts concessionnels aux gouvernements et la mise en place d’instruments du secteur privé, le panel d’aides est assez diversifié. En parallèle, une multitude d’autres fonds ont essaimé : fonds pour l’environnement mondial (FEM), fonds spécial pour les changements climatiques, mécanisme pour un développement propre (MDP), fonds pour l’adaptation…. Seulement trop de choix tue l’efficacité, rendant incertaine l’aide allouée aux pays pauvres. Sans oublier que certains pays optent pour des initiatives créées localement, comme la Fiducie carbone au Royaume-Uni ou le Financement vert dans les Pays-Bas.

C’est pourquoi, à terme, le Fond Vert pour le Climat doit devenir le principal canal de financement pour simplifier un système devenu très complexe. Ce qui ne sera pas une mince affaire. En 2015, les Etats membres avaient promis de contribuer au FVC à hauteur de 10,2 milliards de dollars (dont 1 milliard pour la France). Or seuls 5,47 milliards de dollars ont réellement été débloqués. La raison ? Les gouvernements acceptent de dépenser de l’argent pour lutter contre le réchauffement climatique mais à condition d’y voir un retour sur investissement.

Atténuation vs adaptation : un déséquilibre qui persiste

Concrètement, le financement climatique repose sur deux piliers principaux : le financement d’atténuation d’une part et le financement d’adaptation d’autre part. Le premier contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre : développement des énergies renouvelables, efficacité énergétique, développements des transports verts, etc. Soit autant de « bonnes pratiques » qui permettent, d’une certaine manière, d’investir mais aussi d’économiser de l’argent. Le financement d’adaptation, quant à lui, est destiné à prévenir les impacts du changement climatique : création de systèmes d’alertes météo, développement de systèmes d’irrigation, choix de cultures ou de semences qui résistent mieux à la sécheresse, etc.

« Aujourd’hui, quand on regarde l’ensemble des financements internationaux sur le climat, on s’aperçoit que seuls 16 % de ces financements sont destinés à l’adaptation, souligne Armelle Le Comte, responsable de plaidoyer Climat et Energie au sein de l’ONG Oxfam. Il y a donc un très grand déséquilibre entre les deux catégories. Pourtant, l’Accord de Paris stipule bien la nécessité d’un équilibre entre l’atténuation et l’adaptation à 50/50. On est loin du compte et c’est une vraie injustice. Les populations qui sont le moins responsables du phénomène de réchauffement climatique en sont les premières victimes. » Il est plus rentable donc d’investir dans les énergies que de construire une digue au Bangladesh. Autre sujet de grief que soulève Armelle Le Comte : le type de financement accordé. « Quand financement d’adaptation il y a, il passe par l’octroi de prêts, accessibles uniquement aux pays aux revenus intermédiaires, car ils sont plus solvables. Il y a peu de subventions ou de dons réels », regrette-t-elle. Et la France dans tout ça ?

Vers un leadership français ?

L’Hexagone ne brille pas par son exemplarité. En 2016, seulement 17 % de ses financements climat étaient dédiés à l’adaptation et 92 % étaient alloués sous forme de prêts. De plus, la France doit s'atteler à un autre chantier d'envergure : le financement des énergies fossiles. «Il y a quelques inquiétudes quant à l’engagement réel de la France, et notamment des acteurs publics. Depuis la Cop de Paris, il y a bien sûr une prise de conscience générale vis-à-vis du changement climatique, qui s’opère au niveau des investisseurs, des banques, des assureurs… Comme BNP Paribas qui a réduit ses engagements financiers dans les énergies non conventionnelles, y compris les énergies fossiles en Arctique. Mais tous ces engagements ne sont ni assez ambitieux, ni assez rapides, commente Alexandre Naulot, responsable plaidoyer RSE et Acteurs Financiers de l'ONG Oxfam. S’il n’y a pas de mise en place d’incitations, de contraintes ou de régulations par les pouvoirs publics sur le secteur financier, non seulement le financement d’atténuation restera une incertitude, mais celui des énergies fossiles perdurera.»

Anti-pauvreté, l’ONG Oxfam milite pour l’extension de la taxe sur les transactions financières (TTF), visant notamment à réguler la finance en dissuadant les transactions nocives. Actuellement, la TTF française est un outil de financement important pour la solidarité internationale. La moitié de cette taxe est en effet accordée à l’aide au développement. En 2017, elle a ainsi permis de dégager 798 millions d’euros. Seule la Grande-Bretagne possède également une TTF. Or inciter à sa généralisation à l’échelle européenne peut être l’occasion pour la France de faire preuve de leadership dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le Président Emmanuel Macron, défenseur du "Make our planet great again" a tenu à organiser ce sommet international à Paris.

La mobilisation croissante des acteurs privés

La solution se situe-t-elle plutôt du côté des entreprises privées? Le 4 décembre dernier, huit groupes européens (Danone, Crédit Agricole, Hermès, Firmenich, Michelin, SAP, Schneider Electric et Voyageurs du Monde) ont annoncé un investissement de 50 millions d’euros dans le fonds Livelihoods, destiné à soutenir des projets agricoles vertueux (reconstitution d’écosystèmes, agroforesterie, etc.). L’objectif ? Favoriser un double impact, à la fois environnemental et social.

Autre projet : l’insetting platform, fondé par l'ONG Pur Projet en décembre 2013, compte de grandes entreprises parmi ses membres comme Chanel, Clarins, Accor ou Nespresso. Au coeur du projet : l’agroforesterie ou comment la plantation d’arbres à grande échelle permet de redynamiser un territoire. L’ensemble est financé par des entreprises désireuses de réduire leur empreinte carbone et davantage. « Avec l’insetting, il s’agit de créer un changement positif sur le long terme, en compensant les impacts socio-environnementaux d’une entreprise. Ce qui est intéressant avec l’arbre, c’est que l’on retrouve à la fois des actions d’atténuation avec la séquestration de carbone et de l’aide à l’adaptation grâce à la protection des écosystèmes », explique Tristan Lecomte, son fondateur connu pour avoir fondé la marque de produits équitables Alter-Eco.

Par exemple, Nespresso finance actuellement un projet de plantation de 10 millions d’arbres. « L’entreprise nous envoie auprès des 66 000 producteurs du Guatemala ou de Colombie à qui elle achète du café. Grâce aux projets d’agroforesterie, elle rend sa chaîne d’approvisionnement plus résiliente, tout en réduisant son empreinte carbone. Ces arbres permettent d’enrichir les sols, de réduire l’impact des dérèglements climatiques, d’améliorer les ressources en eau et donc d’augmenter la quantité et la qualité du café produit. Nespresso sécurise ses approvisionnements et ses producteurs leurs revenus », soutient Tristan Lecomte, dont l'ambition est aussi de créer un mouvement citoyen global.

*COPYRIGHT photos : PUR Projet / Christian Lamontagne

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Finance durable : qu'en pensent les Français ?

Grâce à des placements « verts », les Français peuvent choisir d’épargner de manière responsable tout en contribuant à l'économie positive. Mais d’après une étude Aviva publiée en décembre 2017, 90 % des Français avouent mal connaître ce type de placements. En cause ? Le manque d’informations et de transparence. Pas surprenant que 7 français sur 10 soient favorables à la généralisation de labels indépendants pour savoir si les placements financiers sont éthiques ou non.

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